Dans un message fort adressé au Ibrahim Governance Weekend 2025, ouvert ce dimanche à Marrakech, le roi Mohammed VI a livré une vision stratégique de l’avenir du continent africain. Lu par son conseiller André Azoulay, ce message plaide pour une réforme profonde de l’architecture financière mondiale et trace quatre axes prioritaires pour un développement africain plus autonome, inclusif et durable.
Le souverain marocain a d’abord salué le rôle de la Fondation Mo Ibrahim dans le renforcement de la gouvernance en Afrique, tout en alertant sur l’aggravation des inégalités due aux crises mondiales. Pour le roi, l’Afrique doit convertir les défis actuels – économiques, climatiques, géopolitiques – en leviers de transformation, en s’affranchissant des logiques d’assistanat et de dépendance.
Première orientation majeure : réinventer le financement du développement. Mohammed VI a appelé à mobiliser les ressources domestiques et à concevoir des mécanismes innovants, en rupture avec le modèle traditionnel d’aide extérieure. L’objectif : s’émanciper d’une dette structurelle qui freine les ambitions africaines.
Le roi plaide ensuite pour la mise en place d’un écosystème favorable à la croissance : bonne gouvernance, lutte contre la corruption, protection juridique des investissements, transparence. Ces conditions sont nécessaires pour attirer les capitaux, stimuler l’entrepreneuriat et endiguer le chômage.
Autre priorité : l’intégration économique régionale. Le roi a souligné la faiblesse des échanges intra-africains, représentant à peine 16 % du commerce total du continent. Il a salué la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), présentée comme un levier stratégique pour industrialiser le continent, renforcer la compétitivité et intensifier les investissements transfrontaliers.
Mohammed VI a enfin insisté sur la transformation locale des ressources naturelles africaines. Détenant 40 % des réserves mondiales de matières premières, l’Afrique ne tire pas encore pleinement profit de son potentiel. Le souverain appelle à générer de la valeur sur place, à créer des emplois et à renforcer la dynamique régionale.
Positionnant son pays comme un acteur moteur, le roi a cité les projets d’envergure tels que le Gazoduc africain atlantique (AAGP) ou l’Initiative atlantique, destinée à offrir un débouché maritime stratégique aux États sahéliens. Il a aussi mis en avant des instruments financiers marocains comme le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement ou la place financière Casablanca Finance City, conçus pour soutenir une croissance panafricaine.
Enfin, Mohammed VI a appelé la communauté internationale à placer le financement du développement africain au cœur de son agenda. À l’approche de la quatrième Conférence sur le financement du développement, prévue à Séville, il demande une réforme structurelle de la gouvernance économique mondiale, plus équitable et plus représentative des réalités africaines.
Par ce message, le roi Mohammed VI a rappelé que le développement du continent ne pourra se faire sans souveraineté économique, gouvernance responsable et solidarité renforcée. Le Maroc entend y contribuer activement, en apportant des solutions concrètes et reproductibles à l’échelle panafricaine.
La Rédaction

