Dans un geste de désespoir devenu viral, Faouzi Zegout, un militant associatif trentenaire originaire de Frenda, a tenté de s’immoler par le feu dimanche 1er juin devant le ministère de la Justice à Alger. Une tentative spectaculaire qui relance le débat sur la justice et les libertés en Algérie.
Un acte rare mais symbolique
Habillé en tenue formelle – chemise blanche, cravate noire –, Faouzi Zegout s’est aspergé d’essence devant le siège du ministère, situé dans le quartier ultra-sécurisé d’El Biar. Il a été rapidement maîtrisé par les agents de sécurité, qui ont utilisé un extincteur pour éteindre les flammes. L’homme a été évacué vers l’hôpital des grands brûlés de la capitale. Selon la page locale Frenda News, il « se porte bien ».
Avant de passer à l’acte, Zegout avait enregistré une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, expliquant sa motivation : dénoncer une « injustice » qu’il impute à un juge du tribunal de Frenda. Il affirme avoir été menacé d’une peine de 10 ans de prison pour avoir organisé une collecte d’argent sans autorisation officielle, dans le but d’aider des malades.
Un cri vers le sommet de l’État
Dans sa vidéo, l’activiste appelle directement le président Abdelmadjid Tebboune à l’écouter. Cette mise en scène dramatique, visant à interpeller les plus hautes autorités du pays, est loin d’être anodine. Bien que ce type d’acte reste rare en Algérie – contrairement à la Tunisie voisine où l’immolation de Mohamed Bouazizi avait déclenché une révolution en 2010 – le geste de Zegout s’inscrit dans un climat social marqué par le désenchantement des jeunes générations.
L’écho lointain du Hirak
Le profil de Faouzi Zegout n’est pas sans rappeler celui des jeunes engagés du Hirak, le mouvement de contestation pacifique qui avait conduit à la chute d’Abdelaziz Bouteflika en 2019. Le Hirak, désormais réduit au silence par les restrictions sanitaires et la répression judiciaire, a vu nombre de ses militants emprisonnés. Selon des ONG locales, plusieurs dizaines de détenus politiques et d’opinion croupissent toujours dans les prisons du pays.
Avec plus de la moitié de la population âgée de moins de 30 ans, l’Algérie reste confrontée à une jeunesse qui peine à trouver sa place dans un système politique perçu comme verrouillé. L’acte de Zegout, aussi isolé soit-il, met en lumière un mal-être générationnel et une profonde défiance envers les institutions judiciaires.
Un geste de trop ou le signal d’un ras-le-bol étouffé ? Les autorités n’ont pas encore réagi officiellement. Mais le silence prolongé pourrait être interprété comme un aveu de malaise dans une société toujours marquée par les espoirs déçus du Hirak.
La Rédaction

