En recevant Saddam Haftar, fils du puissant maréchal Khalifa Haftar et figure montante de l’est libyen, les autorités nigériennes envoient un message clair : dans la guerre d’influences sahélienne, Niamey cherche de nouveaux partenaires, même au risque de renforcer l’axe des régimes militaires.
Une visite chargée de symboles
Le 23 mai, Niamey a déroulé le tapis rouge à Saddam Haftar. Officiellement, les discussions ont porté sur la sécurité régionale, un euphémisme qui masque mal la volonté de la junte nigérienne de s’adosser à des forces puissantes et tout aussi peu regardantes sur la légitimité démocratique. Reçu par le ministre de l’Intérieur Mohamed Toumba puis par le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine, le fils Haftar a été traité avec les honneurs réservés aux hôtes de marque.
Une convergence militaire en gestation
Les deux parties ont discuté du « renforcement de la coopération militaire et sécuritaire », selon la presse nigérienne. Cette proximité n’est pas fortuite : le Niger et la Libye partagent une frontière poreuse de plus de 340 kilomètres, théâtre d’activités de groupes rebelles et de trafics en tout genre. L’un d’eux, le Front patriotique de libération (FPL), hostile à la junte et fidèle au président renversé Mohamed Bazoum, a vu son chef, Mahamoud Sallah, arrêté en février à Al-Qatrun, en territoire contrôlé par Haftar.
La junte nigérienne en quête de légitimité sécuritaire
En entretenant une relation étroite avec l’est libyen, Niamey tente de consolider sa sécurité intérieure tout en envoyant un message à ses voisins et aux acteurs internationaux : la junte n’est pas isolée. L’opération militaire « Garkoi » lancée récemment par le Niger, visant à sécuriser ses frontières avec le Mali, l’Algérie et la Libye, illustre cette stratégie d’auto-défense régionalisée.
Le jeu trouble de la géopolitique sahélienne
Si cette visite peut apparaître comme un simple rapprochement tactique, elle soulève des questions plus larges. Quel avenir pour une région où les régimes militaires collaborent entre eux ? Cette entente entre deux pouvoirs issus de coups d’État montre une nouvelle dynamique de gouvernance sécuritaire, où les préoccupations démocratiques sont reléguées au second plan.
La rencontre entre Saddam Haftar et les autorités nigériennes n’est pas une anecdote diplomatique. Elle confirme une tendance lourde : dans un Sahel fracturé, ce sont les hommes en uniforme qui redessinent les cartes du pouvoir. Et leurs alliances, souvent forgées dans l’urgence sécuritaire, pourraient à terme définir les nouvelles lignes de fractures de la région.
La Rédaction

