Protéger Kinshasa, museler Bujumbura. Le Burundi s’est engagé discrètement dans le conflit de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) aux côtés du gouvernement congolais, dans le cadre d’un accord militaire confidentiel. Objectif : affronter les rebelles du M23. Résultat : une guerre dont on ne sait presque rien, si ce n’est qu’elle renforce l’autoritarisme du régime d’Evariste Ndayishimiye.
Au nom de la solidarité régionale, des troupes burundaises ont été envoyées au Nord-Kivu. Ni leur nombre, ni leur localisation précise ne sont communiqués. La communication est verrouillée. Seul le président, et lui seul, s’exprime occasionnellement sur le sujet, dans des termes flous et belliqueux. Ce silence organisé couvre une réalité trouble : des pertes humaines non reconnues, des désertions dissimulées et une guerre qui échappe à tout contrôle démocratique.
Mais le conflit n’est pas qu’extérieur. Il a aussi des conséquences intérieures. À Bujumbura, la guerre en RDC est devenue un alibi. « La crise congolaise a encore augmenté le niveau de surveillance de la population par ce régime de plus en plus dictatorial », alerte un analyste burundais, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles. Sous couvert de sécurité nationale, les services de renseignement multiplient les arrestations arbitraires, ciblant des voix critiques, parfois accusées sans preuves de collusion avec l’ennemi.
Derrière le rideau de fumée diplomatique, un engrenage sécuritaire s’enclenche. La guerre extérieure devient un outil politique intérieur. Tandis que la communauté internationale reste focalisée sur le M23, elle détourne le regard d’un glissement autoritaire en cours à Bujumbura.
La Rédaction

