Abidjan – Lors de l’Africa CEO Forum, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a livré un discours aussi inattendu que révélateur. À la tribune d’un événement économique panafricain de premier plan, il a rappelé la singularité de l’histoire coloniale de son pays : « L’Afrique du Sud est le seul pays du continent où les colonisateurs sont venus s’installer, et nous ne les avons jamais chassés. » Une formule lourde de sens, à l’heure où les relations entre Pretoria et Washington se crispent sur fond d’accusations de discrimination raciale inversée.
L’Afrique du Sud, une exception coloniale
En prononçant cette phrase, Ramaphosa a voulu mettre en lumière une réalité historique rarement abordée de front. Contrairement à d’autres puissances coloniales européennes dont les administrateurs ont quitté le continent après les indépendances, les colons sud-africains – principalement les Afrikaners, descendants des Néerlandais, Français huguenots et Allemands – sont restés, se mêlant aux structures sociales et politiques du pays, jusqu’à en devenir des acteurs majeurs, notamment pendant le régime de l’apartheid.
Cette présence durable des colons a façonné une société profondément divisée, où les inégalités économiques et raciales persistent encore aujourd’hui, malgré les efforts déployés depuis la fin de l’apartheid.
Des tensions avec les États-Unis
La déclaration de Ramaphosa intervient alors que les tensions diplomatiques entre l’Afrique du Sud et les États-Unis de Donald Trump connaissent un nouveau pic. Depuis le retour de Trump au pouvoir, plusieurs voix au sein de son administration – notamment issues de la communauté afrikaner expatriée – ont accusé le gouvernement sud-africain de discrimination et de violence à l’encontre des fermiers blancs.
Ramaphosa balaie ces accusations : « Les Afrikaners qui ont quitté le pays pour les États-Unis ne sont pas persécutés. Ceux qui entourent aujourd’hui Trump espèrent un retour aux politiques d’apartheid. » Le président sud-africain réaffirme que la politique de réforme foncière de son pays, souvent mal comprise à l’étranger, vise à réparer les injustices historiques en matière de propriété, et non à stigmatiser une minorité.
Mandela, les accords et les malentendus
Interrogé en marge du forum, Ramaphosa a évoqué sa vision des relations internationales : « Donald Trump est un faiseur d’accords, et le grand Nelson Mandela m’a aussi appris à passer des accords. » Une manière habile de rappeler que le dialogue demeure sa priorité, malgré les provocations.
Mais la résonance de ses propos à Abidjan va bien au-delà du cadre bilatéral. En soulignant l’enracinement des colons en Afrique du Sud, Ramaphosa interpelle le reste du continent sur les traces profondes laissées par l’histoire coloniale et sur les manières d’en gérer l’héritage. Il ouvre aussi un débat sensible : faut-il chasser les colons ou transformer la société ensemble ? Pour l’Afrique du Sud, le choix a été fait depuis longtemps — non sans douleurs ni contradictions.
La Rédaction

