L’accès à l’électricité reste l’un des défis les plus critiques de l’Afrique. Alors que 600 millions de personnes vivent encore sans courant, certains pays progressent rapidement, d’autres stagnent ou reculent. À l’horizon 2030, date fixée pour connecter 300 millions d’Africains, le fossé énergétique se creuse dangereusement.
Le Maroc en éclaireur
Dans cette course à l’électrification, le Maroc se distingue comme un pionnier. Parti de seulement 56 % d’accès en 1995, il atteint aujourd’hui la couverture universelle grâce à une stratégie nationale rigoureuse, pilotée par ses services publics. Le succès du Programme d’Électrification Rurale Globale (PERG) illustre cette volonté politique constante, doublée d’investissements massifs dans les énergies renouvelables.
Avec ses centrales solaires – dont celle d’Aïn Beni Mathar – et son engagement dans la transition énergétique, le royaume est désormais cité en exemple par la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique.
Le Nigeria, puissance bloquée
À l’opposé, le Nigeria incarne le paradoxe africain : premier producteur de pétrole du continent, géant démographique, mais incapable d’assurer un accès stable à l’électricité pour sa population. Avec un taux de couverture de seulement 61 %, le pays souffre de réseaux vétustes, de pertes structurelles et d’un sous-investissement chronique dans le transport et la distribution de l’énergie.
Sur une capacité installée de 13 000 MW, à peine 5 500 sont effectivement disponibles. Un écart qui révèle l’ampleur des dysfonctionnements d’un système incapable de transformer ses ressources en levier de développement.
Le Tchad, oublié de la lumière
Le Tchad reste dramatiquement en marge, avec un taux d’électrification de 12 % en 2023. Malgré une progression lente depuis 2010, il figure toujours parmi les pays les moins électrifiés du monde. L’absence d’infrastructure, la faiblesse des institutions et l’insécurité structurelle empêchent la mise en œuvre de politiques ambitieuses.
D’autres pays comme la RDC, le Niger ou le Burkina Faso peinent également à dépasser les 20 % d’accès à l’électricité. Dans ces régions, les zones rurales restent largement délaissées, malgré le potentiel des mini-réseaux solaires.
Des modèles intermédiaires à suivre
À l’inverse, des pays comme le Kenya (76 %) ou le Rwanda (64 %) montrent qu’une stratégie hybride – combinant extension du réseau national et solutions solaires hors réseau – peut générer des résultats rapides. Ces progrès s’appuient sur des partenariats public-privé et un soutien accru des institutions internationales.
Les îles comme l’île Maurice et les Seychelles, plus faciles à couvrir, ont quant à elles déjà atteint un accès universel.
2030 : dernière ligne droite
Selon l’Agence internationale de l’énergie, 90 millions de personnes devront être connectées chaque année pour atteindre l’objectif d’électrification universelle d’ici 2030. Cela nécessitera 25 milliards de dollars d’investissements annuels – moins de 1 % des investissements énergétiques mondiaux.
Mais au-delà des chiffres, c’est une vision politique qui manque. Seuls 25 pays africains disposent aujourd’hui de stratégies d’électrification cohérentes. Le sommet « Mission 300 » organisé à Dar es Salaam par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement a tenté de réveiller les consciences.
Comme l’a souligné Rémy Rioux, directeur de l’AFD, « connecter des millions de foyers à l’électricité est un investissement dans la solidarité ». Encore faut-il que cette solidarité se traduise en plans d’action, en budgets, en volonté.
L’électrification de l’Afrique ne peut plus attendre. Le Maroc a prouvé qu’avec constance, on peut réussir. Le Nigeria montre qu’aucune richesse naturelle ne compense une gouvernance défaillante. Le Tchad, lui, rappelle que sans infrastructures, sans vision, et sans paix, aucune lumière ne viendra.
La Rédaction

