Dans l’est de la RDC, la pénurie d’aliments thérapeutiques met en péril la vie de milliers d’enfants malnutris. Face à l’urgence, des initiatives locales comme celle de Kesho Congo innovent avec des solutions de survie.
À Bukavu, capitale du Sud-Kivu en République démocratique du Congo, la malnutrition infantile n’est pas un fléau lointain : elle se vit dans les salles d’attente des hôpitaux, sur les lits d’enfants décharnés, dans les regards désespérés des mères. Depuis le pillage des entrepôts du Programme alimentaire mondial (PAM), les aliments thérapeutiques, comme le Plumpy’Nut, se font rares, voire introuvables. Mais face à la défaillance de l’aide internationale, des voix locales s’élèvent et agissent. Parmi elles, Kesho Congo, une ONG congolaise, a choisi d’innover avec un produit simple et accessible : le biscuit thérapeutique.
L’urgence d’une réponse locale
Le manque d’aliments thérapeutiques dans les centres de santé de Bukavu met en danger des milliers de vies. Chaque jour, des enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère arrivent dans les hôpitaux, sans espoir de recevoir un traitement adéquat. Le Plumpy’Nut, pâte énergétique enrichie, était jusque-là la ligne de survie. Mais avec les pillages et les retards de réapprovisionnement, même ce minimum vital s’effondre.
Dans ce contexte, la solution ne vient plus seulement de l’extérieur. Elle prend racine dans la résilience des communautés locales.
Kesho Congo : produire pour nourrir et soigner
L’ONG Kesho Congo (littéralement « L’avenir du Congo ») a pris les devants. En partenariat avec des nutritionnistes et des petits producteurs locaux, elle a développé une recette de biscuits thérapeutiques enrichis en protéines, lipides et micronutriments. Fabriqués à partir d’ingrédients locaux comme l’arachide, le soja, le sucre et l’huile végétale, ces biscuits sont calibrés pour répondre aux besoins nutritionnels des enfants gravement atteints.
L’avantage est double : ces produits sont plus accessibles que les solutions importées, et leur production soutient l’économie locale. Dans un pays où 43 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition chronique selon l’UNICEF, chaque biscuit devient un geste de survie.
Une solidarité à reconstruire
Les initiatives locales comme celle de Kesho Congo ne peuvent à elles seules remplacer l’aide internationale, mais elles montrent la voie : celle de la souveraineté nutritionnelle. Elles posent aussi une question fondamentale : pourquoi un pays aussi riche en ressources naturelles reste-t-il dépendant pour nourrir ses enfants ?
Le défi est immense, mais l’élan est là. D’autres structures communautaires commencent à suivre l’exemple, avec des alternatives comme les bouillies enrichies ou les laits thérapeutiques artisanaux. Pour que ces efforts soient pérennes, il faudra un accompagnement institutionnel, une réglementation souple et un appui financier.
À Bukavu, l’humanitaire ne se conjugue plus seulement au passé international. Il s’invente dans les quartiers, dans les fours improvisés, dans les mains de celles et ceux qui refusent de voir mourir les enfants pour manque de pâte d’arachide. La bataille contre la malnutrition en RDC ne se gagnera qu’avec l’alliance entre le savoir local et les engagements globaux. En attendant, à défaut de Plumpy’Nut, ce sont les biscuits de l’espoir qui tiennent les enfants en vie.
La Rédaction

