En instaurant une journée nationale de nettoyage inspirée du Rwanda, l’Ouganda voulait faire de la propreté urbaine une responsabilité collective. La première édition a surtout révélé un décalage plus profond : l’État a su imposer la mobilisation, mais les services publics ne disposaient pas encore de la logistique nécessaire pour absorber les déchets ainsi rassemblés.
Kampala — L’Ouganda a choisi de reprendre l’un des dispositifs les plus emblématiques du Rwanda : une matinée mensuelle consacrée au nettoyage des rues et des espaces publics. Organisée le dernier samedi de chaque mois, l’initiative doit contribuer à réduire l’insalubrité, prévenir certaines maladies et instaurer une culture nationale de l’entretien collectif.
Mais dès sa première mise en œuvre, l’opération a montré qu’une politique publique ne se transplante pas par simple imitation. Le modèle rwandais repose autant sur la participation des citoyens que sur une administration capable d’assurer la collecte, le transport et le traitement des déchets. En Ouganda, la mobilisation a bien eu lieu. L’organisation de l’après-nettoyage, elle, a rapidement montré ses limites.
Une participation obtenue sous forte contrainte
De 7 heures à 10 heures, des barrages policiers ont paralysé une partie de la circulation. Les habitants ont été appelés à balayer les voies publiques et à ramasser les détritus, tandis que des automobilistes qui refusaient de participer ont vu leur véhicule immobilisé. Plusieurs témoignages ont également fait état de violences commises par des policiers dans la rue.
Cette méthode a donné à la campagne l’allure d’une opération d’autorité davantage que celle d’un mouvement civique. L’État a démontré sa capacité à interrompre les déplacements et à faire respecter la consigne. Il a moins convaincu sur sa faculté à transformer cet effort imposé en résultat durable.
Le recours à la contrainte soulève une question centrale : peut-on installer une culture de la salubrité par des sanctions ponctuelles, sans construire parallèlement l’adhésion des habitants et la confiance dans les services publics ? La discipline visible ne suffit pas si les institutions chargées de prolonger l’effort ne sont pas en mesure d’en assurer les conséquences matérielles.
Les limites d’une administration peu préparée
À Kampala, les déchets collectés ont été entassés le long des rues et dans plusieurs espaces publics. Aucun dispositif suffisamment rapide ne semblait avoir été prévu pour évacuer les volumes soudainement rassemblés. Sous l’effet de la chaleur, des sacs ont commencé à fuir, répandant odeurs et matières organiques en décomposition.
Certains auraient contenu des restes d’animaux et des déchets humains. Face à l’absence de ramassage immédiat, des habitants ont brûlé une partie des amas, ajoutant un risque de pollution atmosphérique à une opération conçue pour améliorer la santé publique. Il a fallu plusieurs jours pour mobiliser des camions et dégager les principaux points d’accumulation dans la capitale.
L’épisode ne relève donc pas seulement d’un raté logistique. Il met en évidence des faiblesses structurelles : insuffisance des moyens de collecte, coordination imparfaite entre l’État central et les autorités locales, absence de planification pour le transport et le traitement des déchets. Une matinée nationale peut rendre les rues momentanément plus propres ; elle ne remplace ni un service régulier de ramassage ni une politique urbaine cohérente.
Importer un modèle sans importer toute sa mécanique
En s’inspirant du Rwanda, l’Ouganda a repris la partie la plus spectaculaire du dispositif : l’arrêt des activités ordinaires et la participation collective. Or, la réussite d’une telle politique repose aussi sur des éléments moins visibles, mais déterminants : calendrier précis de collecte, camions disponibles, centres de traitement, responsabilités clairement réparties et suivi après l’opération.
Le défi sera désormais de corriger ce déséquilibre. Si la journée mensuelle doit être reconduite, elle devra être accompagnée d’un plan d’évacuation préparé à l’avance, de moyens municipaux renforcés et d’une meilleure articulation entre mobilisation citoyenne et services techniques. À défaut, l’exercice risque de devenir un rituel d’autorité dont les bénéfices sanitaires resteront limités.
La première édition aura au moins fourni une leçon claire : la propreté publique ne dépend pas uniquement de la volonté des habitants ni de la fermeté de la police. Elle se mesure surtout à la capacité de l’État à assurer ce qui vient après le balai.
La Rédaction

