À Yaoundé, le président de l’Assemblée nationale a transformé l’inauguration du bâtiment de la chambre basse en un vaste meeting déguisé. En toile de fond : sa loyauté envers Paul Biya et les prémices de la bataille présidentielle.
Le décor était posé comme une simple cérémonie protocolaire. Mais derrière les rubans, les discours et les tapis rouges, se jouait un tout autre spectacle : une démonstration d’allégeance, de stratégie et de calculs politiques. En présidant l’inauguration du bâtiment rénové de l’Assemblée nationale, Cavayé Yéguié Djibril, doyen des institutions camerounaises, a offert au public bien plus qu’un baptême de pierre. Il a orchestré un raout politique d’envergure, une véritable répétition générale avant la bataille présidentielle qui s’annonce.
Une cérémonie, deux messages
Officiellement, il s’agissait d’un hommage à l’institution parlementaire. Officieusement, Cavayé Yéguié Djibril a adressé un message clair à l’élite du régime : il reste un pilier du système et un fidèle parmi les fidèles de Paul Biya. Par ses propos, par la mise en scène, par la mobilisation, tout semblait conçu pour rappeler que le président de l’Assemblée nationale n’a rien perdu de sa capacité de mobilisation ni de son influence dans les arcanes du pouvoir.
Le RDPC (Rassemblement démocratique du peuple camerounais) y était omniprésent, les chefs traditionnels alignés, les caméras braquées, et les appels à la candidature de Paul Biya subtilement réitérés. Une campagne avant l’heure, menée sans transgresser les règles, mais avec une efficacité calculée.
Les prémices d’un jeu d’alliances
Alors que le Cameroun se prépare doucement à la présidentielle, les alliances se nouent, les rivalités s’aiguisent. Dans ce jeu d’équilibres et de rapports de force, Cavayé Yéguié Djibril entend bien peser. À 84 ans, il ne brigue sans doute plus les premières lignes de l’exécutif, mais sa posture d’allié indéfectible de Paul Biya lui permet de rester au cœur du système. Il se positionne comme un faiseur de rois, ou à tout le moins, comme un verrou incontournable de l’architecture politique en place.
Un message à Ferdinand Ngoh Ngoh ?
La démonstration n’était pas sans destinataire. Alors que Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, multiplie les tournées politiques et alimente les spéculations sur une éventuelle succession, Cavayé Yéguié Djibril semble vouloir rappeler que le pouvoir ne se conquiert pas dans l’ombre du Palais d’Etoudi uniquement. Il se construit aussi dans la rue, dans les cérémonies, et dans la fidélité démontrée.
Entre symboles et manœuvres
L’événement, en apparence banal, devient alors une pièce importante dans la mécanique complexe du pouvoir camerounais. Cavayé Yéguié Djibril, en politicien aguerri, utilise les outils institutionnels pour continuer à exister politiquement et peser dans les choix à venir. Son message est limpide : tant que Paul Biya est là, il sera là. Et même après, il compte bien avoir son mot à dire.
La Rédaction

