Les promesses de développement restent lettre morte pour les habitants du lac Malawi
Les rives du lac Malawi se transforment en un terrain minier disputé, où plusieurs sociétés étrangères, majoritairement chinoises, extraient des minerais stratégiques sans respecter les règles locales. Dix ans après l’octroi du permis à Mawei Mining Co. Ltd., le site de Makanjira reste pratiquement intact, tandis que la propriété a changé de mains sans informer le gouvernement.
Une absence de bénéfices pour les communautés
Pour Alinafe Mbewe, cultivatrice du village de Makanjira, les promesses faites par les sociétés minières n’ont jamais été tenues. « On nous avait dit que ce projet transformerait notre village. Nous avons attendu. Rien n’a changé », déplore-t-elle. Depuis 2010, des travaux d’échantillonnage ont été réalisés avant même la délivrance du permis, mais la population locale n’a bénéficié d’aucune retombée concrète.
Des pratiques en violation des lois malawiennes
Le site de Mawei illustre les failles de la régulation minière du Malawi. La société a changé de propriétaire à deux reprises depuis 2023 sans notification, ce qui constitue une violation directe des lois nationales. Les chercheurs évoquent un « jeu de titularité en trompe-l’œil », mené via des structures à l’étranger, qui questionne la capacité du pays à gouverner ses ressources stratégiques.
Une ruée minière incontrôlée
Le Malawi, riche en terres rares, titane et or, attire les investisseurs étrangers, notamment chinois. Le lac Malawi et ses environs sont devenus des zones de forte activité minière, malgré la faible supervision gouvernementale et un bureau des mines sous-financé. Les cartes publiques des concessions sont souvent incomplètes, et les informations sur les propriétaires réels sont difficiles à vérifier.
Des accords controversés et peu transparents
En juin 2025, un investissement annoncé de 12 milliards de dollars par Hunan Sunwalk Technology Group a suscité scepticisme : la société, spécialisée en fibres optiques, n’a pas de réelle expérience minière dans le pays. Selon les critiques, ces accords relèvent plus de la communication politique que d’un projet opérationnel concret.
Une extraction illégale qui perdure
Les habitants signalent que, malgré le statut « exploration » du site, des véhicules continuent de transporter d’importantes quantités de matériaux. Abdullah Yusuf, conseiller local, explique : « Depuis 2017, notre communauté n’a constaté aucun bénéfice tangible. Tout reste entouré de mystère et les engagements ne sont jamais respectés. »
La situation met en lumière les tensions entre le développement économique, la souveraineté nationale et les droits des communautés locales. Au Malawi, le défi consiste désormais à concilier exploitation des ressources et transparence pour éviter que les populations restent exclues des retombées d’un secteur stratégique pour le pays.
La Rédaction

