La disparition de la Commission électorale indépendante (CEI) pourrait-elle réussir à rapprocher une opposition ivoirienne longtemps fragmentée ? À Abidjan, plusieurs formations tentent désormais d’harmoniser leurs positions afin de peser collectivement sur la conception du futur organe chargé d’organiser les élections.
Mercredi 9 septembre, des délégations de la Coalition pour l’Alternance Pacifique en Côte d’Ivoire (CAP-CI), de l’ADCI et du groupement conduit par Simone Ehivet Gbagbo ont rencontré les responsables du PDCI-RDA à Cocody. Cette consultation intervient après une première rencontre organisée le 1er septembre au siège du PPA-CI. L’objectif est désormais de parvenir à une proposition commune susceptible d’être présentée au gouvernement.
La réforme électorale comme point de convergence
Les divergences entre les différentes composantes de l’opposition n’ont pas disparu. Sur la forme que devrait prendre le nouvel organe électoral, chaque parti peut conserver sa propre vision. Mais les responsables engagés dans les consultations veulent parvenir à un socle commun avant l’ouverture de la phase parlementaire.
Pascal Affi N’Guessan, président du Front populaire ivoirien (FPI), défend ainsi une « unité d’action » autour d’un objectif : obtenir un organe électoral jugé transparent et inclusif. Il souhaite surtout qu’un dialogue avec le gouvernement intervienne en amont, avant qu’un éventuel projet ne soit transmis aux députés. Pour l’ancien Premier ministre, le futur dispositif ne devrait pas résulter d’une décision unilatérale de l’exécutif.
Cette stratégie donne à la réforme électorale une dimension politique dépassant largement la réorganisation administrative de la CEI. Après des années de divisions, l’opposition tente de trouver sur ce dossier suffisamment de terrain commun pour négocier collectivement avec le pouvoir.
La dissolution de la CEI a ouvert une fenêtre
Le gouvernement ivoirien a dissous la CEI le 6 mai dernier. L’institution, créée en 2001, faisait depuis longtemps l’objet de critiques concernant notamment sa composition et la confiance que lui accordaient les différentes forces politiques. En annonçant sa disparition, l’exécutif avait lui-même invoqué les réserves formulées contre l’institution et la nécessité de mettre en place un mécanisme susceptible de rassurer davantage les acteurs politiques et les citoyens.
Le gouvernement a depuis engagé une réflexion sur une nouvelle architecture électorale, qu’il présente comme devant être plus transparente et efficace. Des échanges avec les partis politiques et la société civile ont notamment été organisés en juin autour des orientations de cette réforme.
Pour l’opposition, cette refonte constitue donc une fenêtre politique. Puisque l’ancien dispositif a été supprimé précisément après avoir suscité des critiques, ses responsables estiment que son remplacement devrait faire l’objet d’une concertation suffisamment large pour éviter que les mêmes contestations ne se reproduisent.
Une réforme qui conditionne déjà le calendrier électoral
L’enjeu devient d’autant plus concret que la disparition de la CEI commence à avoir des conséquences sur le fonctionnement électoral. Le gouvernement a indiqué mercredi 9 septembre que la prochaine révision de la liste électorale attendrait la mise en place du nouveau dispositif. L’autorité qui sera chargée de conduire cette opération reste donc à déterminer.
Le débat ne porte ainsi plus uniquement sur la composition d’une institution future. Il concerne déjà la préparation des prochains scrutins, la révision du fichier électoral et, plus largement, la confiance que les différents acteurs accorderont aux nouvelles règles du jeu.
Dans un pays où les désaccords électoraux ont à plusieurs reprises nourri de graves crises politiques, la construction d’un mécanisme accepté au-delà du seul camp au pouvoir constitue un enjeu de stabilité. La réforme offre une occasion de réduire durablement la contestation autour de l’organisation des scrutins, à condition que les discussions aboutissent à des garanties suffisamment crédibles pour les différentes parties.
L’unité de l’opposition reste à construire
La rencontre avec le PDCI-RDA marque donc une étape importante, mais elle ne signifie pas encore que l’opposition dispose d’une position totalement unifiée. Le véritable test sera sa capacité à transformer ces consultations successives en un document commun, puis à défendre celui-ci face au gouvernement sans que les divergences entre partis ne reprennent le dessus.
C’est là que réside l’enjeu politique de cette séquence. La dissolution de la CEI a ouvert un espace inédit pour repenser le système électoral ivoirien. L’opposition tente désormais d’en faire également un moment de rapprochement, afin de ne pas aborder dispersée l’une des réformes institutionnelles les plus sensibles de l’après-cycle électoral.
La Rédaction
Sources : Gouvernement de Côte d’Ivoire ; Abidjan.net ; presse ivoirienne, comptes rendus des concertations des 1er et 9 septembre 2026.

