À six mois du scrutin présidentiel prévu le 25 octobre 2025, la Côte d’Ivoire replonge dans les tensions préélectorales. Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), principal parti d’opposition, appelle ce jeudi 24 avril à des marches devant les tribunaux du pays. Objectif : dénoncer l’éviction de leur candidat Tidjane Thiam, écarté de la course par la justice.
Une exclusion sans appel
Tidjane Thiam, ancien directeur général de Credit Suisse, a vu son nom radié des listes électorales. Motif : la justice considère qu’il a perdu sa nationalité ivoirienne en obtenant celle de la France en 1987, ce qui rendait son inscription de 2022 invalide. En mars 2025, Thiam avait pourtant renoncé à sa nationalité française pour se conformer aux règles électorales. Trop tard, selon le tribunal : la radiation est définitive et sans recours.
L’opposition descend dans la rue
Le chef des députés du PDCI, Simon Doho, appelle à une mobilisation nationale : « Chaque Ivoirien, là où il se trouve, doit marcher devant le palais de justice de sa ville ». À Abidjan, la marche est prévue à 9h, du siège du parti jusqu’au tribunal du Plateau. Les autorités ont averti : toute manifestation non autorisée sera réprimée. « Ce n’est pas une menace, c’est un conseil », a précisé le porte-parole du gouvernement.
Une stratégie de contournement du suffrage ?
L’exclusion de Tidjane Thiam, après celle de Laurent Gbagbo, écarté pour des raisons similaires, alimente la colère dans les rangs de l’opposition. Pour la Coalition pour l’alternance pacifique en Côte d’Ivoire (CAP-CI), le pouvoir « choisit ses adversaires pour garantir une victoire au premier tour ».
Dans une vidéo, Simone Ehivet Gbagbo, ex-première dame et porte-parole de la CAP-CI, dénonce un « passage en force ». Thiam, de son côté, reste déterminé : « C’est moi ou personne, nous ne présenterons pas d’autre candidat ».
Vers une nouvelle crise ?
Cette exclusion intervient dans un climat politique déjà tendu. Le pays, traumatisé par la crise postélectorale de 2010-2011, avait retrouvé une relative stabilité. Mais les obstacles judiciaires répétés contre les figures de l’opposition ravivent les inquiétudes. Une autre audience est prévue ce jeudi pour trancher sur la légitimité de Thiam à la tête du PDCI, contestée en interne.
Pendant ce temps, le parti au pouvoir n’a toujours pas désigné de candidat. Le président sortant, Alassane Ouattara, 83 ans, a laissé entendre qu’il pourrait briguer un nouveau mandat. Le congrès du parti est prévu en juin.
La rue, dernier recours démocratique pour une opposition acculée ? La journée du 24 avril pourrait être décisive pour l’avenir du scrutin ivoirien.
La Rédaction

