La Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) se retrouve au cœur d’une affaire financière d’une ampleur inédite. La disparition de cinq cargaisons de brut, estimées à 140 milliards de francs CFA, plonge l’entreprise publique dans une zone d’ombre où se mêlent opacité de gestion, luttes d’influence et soupçons de détournement massif.
Une affaire aux ramifications familiales
Les regards se tournent vers Nathalie Moudiki, épouse de l’Administrateur-Directeur Général Adolphe Moudiki, désignée par plusieurs sources internes comme l’architecte de ce système de prédation. Selon des documents confidentiels consultés par la rédaction, elle aurait exercé un contrôle informel mais déterminant sur les opérations de la SNH, usant notamment de la signature numérisée de son mari pour valider des documents stratégiques. Plus grave encore, elle aurait modifié la structure interne de l’entreprise pour y installer des alliés fidèles, verrouillant ainsi toute tentative de contre-pouvoir.
Des cargaisons fantômes et des sociétés douteuses
Parmi les cargaisons incriminées, l’une aurait été livrée à une société méconnue nommée Techlogix. Cette transaction, pourtant couverte par des engagements bancaires selon la SNH, n’aurait jamais donné lieu à un paiement conforme aux conditions contractuelles. Malgré une note interne datée du 2 avril 2025 niant toute irrégularité, les éléments récoltés par des lanceurs d’alerte contredisent la version officielle, alimentant les soupçons de blanchiment et de collusion.
Silence d’État et verrouillage administratif
Alors que le scandale prend de l’ampleur, la réaction des autorités se fait attendre. Le Conseil d’administration n’a toujours pas pu se réunir, et même le très influent Ministre d’État Ferdinand Ngoh Ngoh aurait été empêché d’accéder aux locaux de la SNH. Ce verrouillage institutionnel renforce les soupçons d’une protection au sommet, révélant une mécanique bien huilée de neutralisation des organes de contrôle.
Une dérive symptomatique de la gestion pétrolière camerounaise
Ce nouvel épisode rappelle l’affaire Glencore, dans laquelle des barils de pétrole avaient été vendus à des prix dérisoires, privant le pays de ressources vitales. Une fois encore, l’absence d’audit externe indépendant et la concentration des pouvoirs compromettent toute perspective de transparence dans un secteur censé porter l’économie nationale.
Alors que le Cameroun traverse une crise budgétaire et sociale profonde, ce scandale pourrait bien être le point de rupture. Sans mesures immédiates et exemplaires, la SNH risque de devenir le symbole d’un État déliquescent, incapable de protéger ses ressources ni de sanctionner les dérapages de ses élites.
La Rédaction

