À Dakar, les contours d’un changement agricole profond ont été esquissés. Réunis du 7 au 11 avril 2025, six pays sahéliens et leurs partenaires ont posé les jalons d’un nouveau pacte pour la terre : irriguer pour produire, produire pour nourrir.
L’irrigation comme levier stratégique
Derrière les discours protocolaires, une urgence : faire face à la vulnérabilité chronique des agricultures sahéliennes, exposées à la sécheresse, à la fluctuation des marchés et à l’instabilité des politiques agricoles. La Déclaration de Dakar+10 n’est pas un texte de plus. Elle se veut fondatrice, avec un objectif simple mais colossal : 1 million d’hectares sous maîtrise de l’eau d’ici 2035. Une ambition au service d’un idéal régional : ne plus dépendre des cargaisons de riz ou de blé venues d’ailleurs.
Des engagements concrets pour une irrigation résiliente
La déclaration commune adoptée lors du forum de haut niveau met en avant plusieurs priorités : moderniser les systèmes d’irrigation, diversifier les cultures, accompagner les producteurs par des politiques ciblées et sécuriser l’accès aux technologies d’irrigation à bas coût, comme le pompage solaire. Mais l’accent est aussi mis sur l’intégration régionale. Le CILSS, bras technique de cette vision, est chargé de coordonner les initiatives transfrontalières, d’harmoniser les normes et de piloter un mécanisme de suivi régional.
Un projet agricole enraciné dans la réalité locale
À travers ce texte, les États du Sahel s’engagent à bâtir un modèle d’irrigation pensé pour et par les producteurs. L’approche se veut inclusive : du petit exploitant aux partenaires techniques et financiers, chacun est appelé à contribuer. Le forum insiste également sur la nécessité de former une nouvelle génération d’agronomes, de techniciens et d’ingénieurs pour porter cette transition sur le terrain.
Un cap agricole pour les décennies à venir
En toile de fond, un mot revient : souveraineté. Nourrir les populations sans dépendre de l’extérieur. Construire une agriculture résiliente face aux dérèglements climatiques. Donner à l’irrigation un rôle central dans les stratégies d’adaptation. La feuille de route de Dakar, si elle est financée et suivie, pourrait devenir un tournant structurel pour les agricultures sahéliennes. Mais elle suppose un engagement durable politique, financier, humain.
Reste à transformer cette volonté affichée en projets concrets, portés par des États déterminés à reconquérir leur souveraineté alimentaire, goutte après goutte.
La Rédaction

