L’année 2024 a marqué un tournant sombre dans le recours à la peine capitale à travers le monde. Selon Amnesty International, les exécutions ont atteint 1 518, un bond de 32 % par rapport à 2023. Bien que l’on constate une légère baisse du nombre de pays appliquant la peine de mort, cette statistique occulte les exécutions massives qui continuent dans des pays où les chiffres sont gardés secrets, à commencer par la Chine.
Les trois grands bourreaux : Iran, Arabie saoudite, Irak
L’Iran est le leader incontesté des exécutions, avec 972 personnes mises à mort en 2024, dont 30 femmes. Ce chiffre est en augmentation par rapport à l’année précédente (853). Le pays continue de recourir massivement à la peine de mort, notamment pour des crimes liés à la drogue et au terrorisme. Cette répression féroce s’inscrit dans un contexte de troubles politiques internes, où des manifestants et des militants sont régulièrement condamnés à mort.
L’Arabie saoudite et l’Irak suivent dans ce triste classement avec respectivement 345 et 63 exécutions. Ensemble, ces trois pays sont responsables de plus de 91 % des exécutions officielles recensées à l’échelle mondiale. Les exécutions sont souvent menées dans un climat de répression violente, sans garantir les droits fondamentaux des accusés.
La Chine : un secret d’État sur la peine de mort
Le cas de la Chine est un mystère. Amnesty International estime que des milliers d’exécutions ont lieu chaque année dans ce pays, mais les autorités chinoises refusent de publier des chiffres officiels. Le recours à la peine capitale en Chine est considéré comme un moyen de contrôle social, appliqué non seulement pour des crimes violents, mais aussi pour des infractions économiques et politiques, comme la corruption ou les délits liés à la drogue.
L’absence totale de transparence sur le sujet est frappante. Selon des informations non officielles, la Chine serait responsable de la majorité des exécutions mondiales. Le pays a une longue tradition de recours à la peine de mort, notamment dans les années 1980 lors de la politique de répression contre les bandes criminelles. Amnesty rapporte que des centaines de personnes sont exécutées lors de journées symboliques comme la Journée internationale de lutte contre la drogue.
Une justice expéditive et opaque
Le système judiciaire chinois reste parmi les plus opaques et expéditifs au monde. En 2022, le taux de condamnation des accusés était de 99,95 %, un record mondial. Cette statistique est le reflet d’un système judiciaire où les juges ont très peu de latitude pour annuler une condamnation, et où les poursuites sont filtrées en amont pour ne retenir que les affaires jugées “sûres”. Les erreurs judiciaires sont donc fréquentes, bien que rarement reconnues.
L’optimisme de certains experts, comme le professeur Michelle Miao de l’Université chinoise de Hong Kong, suggère que des réformes récentes pourraient entraîner une réduction des exécutions dans les années à venir. Cependant, l’opinion publique chinoise, largement favorable à la peine capitale, reste un obstacle majeur à tout changement substantiel.
Le recul mondial : une lueur d’espoir ?
Si l’on observe les tendances mondiales, on note cependant une diminution du nombre de pays appliquant la peine de mort. En 2024, ce chiffre est passé à 15, contre 16 l’année précédente. Une évolution positive qui laisse espérer qu’un jour, la peine capitale pourrait devenir un vestige du passé. Toutefois, tant que des géants comme la Chine continueront à dissimuler les chiffres et que des régimes répressifs comme ceux de l’Iran ou de l’Arabie saoudite poursuivront leurs pratiques barbares, la lutte pour l’abolition de la peine de mort devra se poursuivre.
La Rédaction

