Un an après l’arrivée de Bassirou Diomaye Faye à la présidence et d’Ousmane Sonko au gouvernement, le Sénégal se trouve à un carrefour décisif : entre promesses de changement et réalités politiques, le pays est-il en train de se réinventer ou de s’enliser dans une guerre des clans ? L’équilibre entre la gestion des affaires publiques et le règlement des comptes semble plus fragile que jamais.
Un an de rupture : entre réformes et affrontements
Depuis le 2 avril 2024, Pastef a présenté des mesures censées marquer une rupture avec le passé. Parmi les premières actions, une série de réformes économiques et administratives ont été mises en place, comme la réduction des dépenses publiques, l’audit des contrats miniers et pétroliers, ainsi que des réformes fiscales. Ces initiatives visent à redorer l’image du pays et à redynamiser un système économique perçu comme obsolète.
Cependant, la première année au pouvoir de Pastef a également été marquée par une véritable bataille judiciaire contre les figures de l’ancien régime. L’ancienne majorité, incarnée par le Parti démocratique sénégalais (PDS) et l’Alliance pour la République (APR), est dans le viseur du gouvernement, dont certains membres ont été accusés de corruption et de gestion opaque. Les adversaires politiques, notamment les anciens responsables de l’État, sont en ligne de mire, alimentant un climat de méfiance.
Justice ou instrument politique ?
Si la volonté de redresser la justice et de punir les abus du passé est soulignée, nombreux sont ceux qui estiment que l’État semble davantage obsédé par la mise à l’index des anciens dirigeants que par la gestion des priorités économiques et sociales. La justice, loin d’être perçue comme un outil au service de la réconciliation nationale, est parfois interprétée comme un moyen de renforcer la position politique du pouvoir en place. Les critiques pointent un système judiciaire qui, au lieu de servir l’intérêt général, semble nourrir une guerre de pouvoir et de légitimité.
Ousmane Sonko et ses alliés justifient cependant ces démarches en arguant qu’il s’agit de restaurer l’ordre et la moralité, après des années de corruption et d’impunité. Mais cette focalisation sur la justice pourrait-elle faire oublier les véritables défis économiques du pays, tels que le chômage, la pauvreté et les inégalités sociales ? Difficile de concilier justice et gouvernance quand la rancœur s’installe dans le débat public.
Réconciliation ou fractures ?
El Malick Ndiaye, président de l’Assemblée nationale et proche de Pastef, a récemment dressé un inventaire des actions gouvernementales. En mars, il a mis en lumière les mesures concrètes adoptées depuis l’arrivée au pouvoir de Pastef, notamment dans les domaines de l’infrastructure, de la santé et de l’éducation. Toutefois, malgré cette rétrospective positive, il reste une question centrale : les réformes sociales et économiques peuvent-elles vraiment prendre le dessus sur les conflits politiques internes ?
Les tensions ne cessent d’enfler, non seulement avec l’opposition, mais aussi au sein de la majorité, où les divisions sont parfois aussi visibles qu’au sein des anciens partis au pouvoir. Une gouvernance réellement inclusive semble plus difficile à atteindre qu’on ne l’avait envisagé. La réconciliation nationale, promise en 2024, reste un chantier incomplet, et l’on ne peut ignorer le sentiment de nombreux citoyens que la justice est parfois utilisée comme un instrument pour asseoir le pouvoir, plutôt que pour apaiser les plaies du passé.
Un pouvoir à la croisée des chemins
En un an, Pastef a certes réussi à imposer sa vision, mais la fracture sociale et politique qu’il engendre pourrait bien miner ses efforts. Le pays pourrait-il se réconcilier avec lui-même, ou les fractures du passé continueront-elles à polluer l’avenir ? Pastef saura-t-il dépasser ses rancœurs pour répondre aux attentes de ceux qui l’ont soutenu pour ses promesses de changement et de réformes profondes ?
Le défi reste immense pour ce jeune gouvernement, qui doit prouver qu’il peut réconcilier justice, gouvernance et réformes, sans céder à la tentation de l’auto-destruction.
La Rédaction

