Le Niger, riche en uranium mais en proie à des turbulences politiques, pourrait bientôt voir son minerai convoité changer de main. Alors que la France, historiquement implantée dans le secteur via le groupe Orano, a perdu du terrain, la Russie et la Chine se positionnent pour acquérir des stocks stratégiques de « yellow cake ». Une redistribution des cartes qui illustre l’évolution des rapports de force en Afrique de l’Ouest.
Paris en recul, Moscou et Pékin en embuscade
Jusqu’à récemment, la filiale nigérienne d’Orano exploitait encore des mines à Arlit, un site clé pour l’approvisionnement en uranium de la France. Mais le coup d’État de juillet 2023 a marqué un tournant : les relations entre Niamey et Paris se sont détériorées, conduisant à une perte de contrôle d’Orano sur ses installations. Désormais, la junte au pouvoir explore de nouveaux débouchés et discute avec la Russie et la Chine pour céder une partie des 1 400 tonnes de concentré d’uranium encore stockées sur place.
Cette manœuvre n’est pas anodine. L’uranium est un élément stratégique pour le secteur énergétique et militaire. En 2022, la France en avait consommé environ 8 800 tonnes, tandis que la Russie et la Chine affichaient respectivement des besoins de 6 300 et 11 300 tonnes. L’intérêt de Moscou et Pékin pour le stock nigérien reflète donc un enjeu à la fois économique et géopolitique.
Un coup dur pour l’influence française
Le retrait progressif d’Orano s’inscrit dans une dynamique plus large de recomposition des influences en Afrique. Après avoir annulé plusieurs accords de coopération avec Paris et expulsé les forces françaises, le régime nigérien cherche à diversifier ses partenariats. L’uranium devient ainsi une monnaie d’échange avec des puissances qui ne conditionnent pas leur soutien à des exigences démocratiques.
Si la Russie mise sur une approche sécuritaire en proposant des accords militaires en échange d’un accès aux ressources, la Chine joue la carte du développement économique, avec des investissements à long terme. Cette dualité laisse présager un basculement durable du Niger vers un axe plus tourné vers l’Est, au détriment des anciennes puissances coloniales.
L’uranium, symbole d’une Afrique en mutation
Le cas du Niger illustre une tendance plus vaste : de nombreux pays africains, lassés des conditionnalités imposées par les puissances occidentales, s’ouvrent à d’autres partenaires. L’uranium, qui fut longtemps un levier d’influence pour la France, devient ainsi un marqueur du déclin de son emprise dans la région.
La vente de ces stocks à la Russie ou à la Chine ne serait pas seulement une transaction commerciale ; elle entérinerait un basculement stratégique, avec des répercussions sur l’approvisionnement énergétique de l’Europe et l’équilibre des forces à l’échelle mondiale.
Alors que Paris observe impuissante, Niamey poursuit sa réorientation. L’avenir dira si cette manœuvre offrira au Niger de nouvelles marges de manœuvre ou s’il ne fera que changer de tutelle.
La Rédaction

