Face aux défis d’approvisionnement persistants, le Togo a pris une décision stratégique : la suspension temporaire des exportations de noix et d’amandes de karité depuis le 10 mars 2025. Cette mesure, initiée par les ministères du Commerce, de l’Économie et de l’Agriculture, vise à réorienter la matière première vers les unités locales de transformation, souvent confrontées à des pénuries malgré une production nationale estimée à 40 000 tonnes par an.
Une stratégie économique ambitieuse
Le gouvernement togolais mise sur la transformation locale pour capter davantage de valeur ajoutée. Avec des acteurs majeurs comme NIOTO (capacité de 35 000 tonnes par an) et Label d’Or (10 000 tonnes par an), le pays cherche à réduire sa dépendance aux exportations brutes, qui représentaient jusqu’à 25 000 tonnes par an, soit 5 % du marché ouest-africain. Cette suspension s’inscrit dans une vision plus large d’industrialisation, portée par le président Faure Gnassingbé, visant à stimuler l’emploi et la compétitivité des produits togolais à l’international.
Enjeux sociaux et environnementaux
La filière karité, dominée à 84,9 % par des femmes, constitue un pilier de l’économie rurale et joue un rôle essentiel dans la résilience climatique. Cependant, la pression sur les ressources s’accentue : des millions d’arbres disparaissent chaque année, menaçant cette “ceinture du karité”, qui s’étend sur 5 000 km en Afrique. La réorganisation de la filière, avec la protection des parcs naturels et la promotion de pratiques durables, devient une priorité.
Perspectives et défis
Si cette mesure satisfait les industriels locaux, elle soulève des interrogations sur son impact à long terme. Le Togo, 7ᵉ producteur mondial, devra équilibrer approvisionnement local et opportunités d’exportation futures. Les sanctions prévues pour les contrevenants soulignent la volonté des autorités de faire respecter cette politique. Par ailleurs, des projets comme l’agropole de Kara pourraient compenser les déficits passés, autrefois comblés par des importations depuis le Bénin et le Burkina Faso.
Plus qu’une simple restriction, cette suspension marque un tournant vers une économie plus autonome et transformatrice. En valorisant le karité localement – utilisé dans les cosmétiques et l’agroalimentaire –, le Togo ambitionne de devenir un modèle de valorisation des ressources naturelles en Afrique de l’Ouest.
La Rédaction

