Au Sahel, l’instabilité permanente et la montée des violences jihadistes perturbent gravement les programmes de vaccination, exposant des millions d’enfants à des maladies évitables. En témoignent les difficultés rencontrées par les agents de santé dans le centre du Mali, où ils ont dû négocier avec les groupes armés pour vacciner des enfants face à une épidémie de rougeole.
Des obstacles d’un autre genre
Lors de leur mission de vaccination, les agents de santé ont dû faire face non seulement à l’isolement des villages, exacerbée par la saison des pluies, mais aussi à l’opposition virulente des groupes jihadistes. “Au départ, ils ont catégoriquement refusé. Pour eux, les vaccins sont des vecteurs de maladies”, raconte Moussa, responsable d’une ONG locale, qui a dû suivre de près l’évolution de cette crise sanitaire. Cependant, face à l’aggravation de la situation, les groupes armés ont finalement accepté de permettre la vaccination. Ce tournant montre l’ampleur du défi auquel les travailleurs humanitaires sont confrontés dans une région où les conflits et la méfiance envers l’Occident compliquent l’accès aux soins.
Des défis de plus en plus violents
Cette situation au Mali est emblématique des difficultés généralisées au Sahel, où la destruction des infrastructures de santé et les attaques ciblant les travailleurs humanitaires rendent les campagnes de vaccination de plus en plus difficiles. “En 2020, un tiers des enlèvements d’humanitaires dans le monde ont eu lieu dans cette région”, souligne Majdi Sabahelzain, chercheur à l’École de santé publique de Sydney et coauteur d’une étude sur l’impact des conflits sur la vaccination.
Au Mali, Médecins Sans Frontières a été contraint de suspendre ses activités dans certaines zones en raison des violences. Au Niger, les attaques contre les travailleurs de la santé se multiplient, et les autorités sahéliennes, dans le cadre de leurs régimes militaires, exercent des pressions sur les ONG et les organisations humanitaires. En février 2024, le Niger a même expulsé le Comité International de la Croix-Rouge, alors qu’au Mali, les ONG soutenues par la France sont désormais interdites depuis 2022.
Une génération en danger
Les conséquences de ces perturbations sont dramatiques : de nombreux enfants au Sahel n’ont pas reçu leurs vaccins. En 2023, des pays comme le Mali (22 % d’enfants non vaccinés), le Soudan (43 %) et le Tchad (16 %) ont enregistré une proportion alarmante d’enfants sans couverture vaccinale. Cette situation expose la région à un risque de résurgence de maladies mortelles, notamment la polio, la diphtérie et la rougeole.
Les chiffres sont frappants : entre 2022 et 2023, le nombre de cas de rougeole a été multiplié par cinq au Tchad, tandis qu’au Burkina Faso, les cas de polio ont triplé, atteignant 680 en 2023. En dépit des efforts pour contenir ces maladies, les campagnes de vaccination restent fragilisées par la violence et l’insécurité.
Un avenir incertain
Tant que les conflits et l’instabilité persisteront dans cette région, les efforts pour vacciner les populations resteront compromis. Si la situation ne se stabilise pas, la menace de nouvelles épidémies dans le Sahel pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour des générations entières d’enfants, déjà privés d’un avenir sûr.
La Rédaction

