Le 38ᵉ sommet de l’Union africaine (UA) s’ouvre à Addis-Abeba dans un contexte marqué par des tensions électorales et des crises géopolitiques. Parmi les priorités de cette rencontre : l’élection du successeur de Moussa Faki Mahamat à la tête de la Commission de l’UA et la gestion du conflit en République démocratique du Congo (RDC).
Une bataille électorale serrée pour la présidence de la Commission
Le 15 février, les chefs d’État africains devront élire le nouveau président de la Commission de l’UA. Après deux mandats de quatre ans, le Tchadien Moussa Faki Mahamat laisse place à une nouvelle figure à la tête de l’organisation panafricaine. Trois candidats sont en lice pour ce poste stratégique, réservé cette fois à un représentant de l’Afrique de l’Est :
• Raila Odinga, ancien Premier ministre et figure emblématique de l’opposition kényane ;
• Mahamoud Ali Youssouf, ministre des Affaires étrangères de Djibouti ;
• Richard Randriamandrato, ex-chef de la diplomatie malgache.
Les trois hommes s’activent pour obtenir un maximum de soutiens, bien que le scrutin, à bulletin secret, reste imprévisible. L’élection se fera à la majorité des deux tiers des États membres ayant le droit de vote. Toutefois, six pays actuellement suspendus après des coups d’État (comme le Mali, le Gabon et le Niger) ne pourront pas y participer.
Une Union africaine sous pression face au conflit en RDC
En parallèle de cette élection, le sommet est dominé par la situation sécuritaire en RDC. Fin janvier, le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, a pris le contrôle de Goma avant d’avancer vers le Sud-Kivu. Face à cette menace, l’armée congolaise bénéficie du soutien de troupes sud-africaines et burundaises.
Malgré les appels internationaux à une désescalade, Kinshasa réclame toujours des sanctions contre Kigali, tandis que l’ONU et plusieurs États demandent un retrait des troupes rwandaises. L’UA a appelé à la fin des combats, mais sans mentionner explicitement le Rwanda, une position jugée timide par certains observateurs.
D’après l’International Crisis Group, la situation pourrait dégénérer en un conflit régional rappelant les guerres meurtrières des années 1990. Selon l’ONU, les violences récentes dans l’est du Congo ont déjà causé plus de 2 900 morts. L’UA, critiquée pour son manque d’efficacité, est appelée à jouer un rôle plus actif dans les négociations de paix.
Une réunion spéciale sur la RDC est prévue en marge du sommet, mais la présence conjointe du président congolais Félix Tshisekedi et de son homologue rwandais Paul Kagame reste incertaine.
Des élections stratégiques pour les autres commissions de l’UA
Outre la présidence de la Commission, plusieurs autres postes stratégiques au sein de l’UA sont soumis au vote.
• Commission de paix et de sécurité : le Nigérian Bankole Adeoye a été réélu avec 37 voix, évinçant le Centrafricain Jean-Jacques Defamouth.
• Commission de la santé et des affaires humanitaires : victoire de la Ghanéenne Amma Twum-Amoah avec 45 voix.
• Commission de l’agriculture et de l’environnement : l’Eswatini a obtenu ce poste avec l’élection de Moses Vilakati.
• Commission des infrastructures et de l’énergie : l’Afrique du Sud a décroché cette place avec Lerato Dorothy Mataboge.
En revanche, le vote pour la Commission de l’éducation a été reporté en raison des règles sur la parité. De même, aucun candidat ne remplissant les critères requis pour la Commission du développement économique, le Zambien Albert Muchanga reste en poste par intérim.
Une lutte serrée pour le Conseil de paix et de sécurité (CPS)
Trois sièges du Conseil de paix et de sécurité (CPS) étaient également en jeu. Pour l’Afrique du Nord, l’Algérie et le Maroc se sont affrontés dans un duel acharné. Après six tours de scrutin, l’Algérie n’a pas obtenu la majorité requise, laissant ce siège vacant. L’Égypte est désormais le seul pays d’Afrique du Nord représenté au CPS.
En Afrique de l’Est, l’Éthiopie a pris la place de Djibouti, évinçant le Rwanda et la Somalie. En Afrique australe, l’Eswatini a obtenu le siège laissé vacant. Une session extraordinaire est prévue pour combler les postes restants.
Réparations coloniales : un sujet sensible
Autre thème à l’ordre du jour du sommet : les réparations pour les crimes de la colonisation et l’esclavage transatlantique. En novembre 2023, le président ghanéen Nana Akufo-Addo avait plaidé pour une position commune des pays africains sur cette question.
Cependant, le débat reste délicat. Si certains pays occidentaux ont commencé à restituer des œuvres d’art pillées, les États africains peinent à s’accorder sur les formes et montants des réparations financières. Ce sujet risque donc d’être clivant dans un contexte où l’unité africaine est essentielle face aux défis géopolitiques.
Un sommet sous tension
Ce 38ᵉ sommet de l’UA se déroule dans un climat tendu, entre rivalités électorales et crises régionales. Alors que l’organisation cherche à renforcer son rôle sur la scène internationale, les décisions prises cette année seront scrutées de près, notamment sur la question de la succession de Moussa Faki Mahamat et la gestion des conflits en cours.
La Rédaction

