Moins d’un mois après l’élection de Joseph Aoun à la présidence, le Liban se dote d’un nouveau gouvernement marqué par une rupture inédite : une équipe resserrée d’experts, en grande partie indépendante des partis traditionnels, notamment du Hezbollah. Une transformation politique majeure qui intervient après des années de paralysie et une guerre avec Israël ayant affaibli le mouvement chiite.
Un gouvernement formé à une vitesse record
Dans un pays où la formation d’un gouvernement peut s’éterniser pendant des mois, voire des années, l’annonce d’un cabinet en moins de quatre semaines est un événement en soi. Dirigé par Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de justice, ce gouvernement de 24 ministres tranche radicalement avec les pratiques du passé.
Loin du traditionnel système de partage des postes entre factions confessionnelles et politiques, cette nouvelle équipe est principalement composée de technocrates aux compétences reconnues. Selon An-Nahar, cette approche représente « une rupture avec les modèles ayant régi la formation des gouvernements depuis plus de deux décennies ». Une évolution qui répond aux attentes d’une population excédée par l’immobilisme et la corruption, mais aussi à la pression de la communauté internationale, qui exige des réformes avant tout soutien financier.
Le Hezbollah relégué en arrière-plan ?
La composition de ce gouvernement illustre un net recul du Hezbollah et de son allié Amal. Depuis vingt ans, ces deux formations avaient verrouillé la représentation des chiites au sein du pouvoir exécutif, s’octroyant des ministères clés et utilisant le « tiers de blocage » pour imposer leur agenda.
Mais la donne a changé. La guerre avec Israël a fragilisé le Hezbollah, et la crise économique a exacerbé l’exaspération des Libanais face aux blocages institutionnels. Sous pression locale et internationale, le parti chiite a dû céder du terrain. Pour la première fois depuis des années, il ne détient plus directement de ministères stratégiques, un signe de son affaiblissement sur l’échiquier politique.
Une mission titanesque face à un pays en ruines
Si cette transition politique est saluée à l’étranger, elle ne garantit en rien une sortie de crise. Le Liban est en faillite, avec plus de 80 % de sa population sous le seuil de pauvreté, une livre libanaise en chute libre et des infrastructures en lambeaux. La corruption gangrène toujours l’administration, et les réformes promises par les précédents gouvernements n’ont jamais vu le jour.
Le défi pour Nawaf Salam et son équipe sera donc immense : restaurer la confiance des Libanais, relancer l’économie et négocier une aide internationale sans compromettre la souveraineté du pays. Mais avec un Hezbollah affaibli, certes toujours influent, et une classe politique habituée aux jeux d’obstruction, ce gouvernement aura-t-il réellement les mains libres pour agir ?
La Rédaction

