Des enfants mourant de faim, des villages assiégés par le choléra, des villes en ruine : au Yémen, la crise humanitaire prend une nouvelle ampleur, dans un silence international assourdissant.
Les chiffres sont vertigineux. Plus de 17 millions de Yéménites souffrent d’insécurité alimentaire. Parmi eux, un million d’enfants de moins de cinq ans présentent des signes de malnutrition aiguë sévère, une forme de dénutrition potentiellement mortelle. Si la tendance actuelle se poursuit, ce nombre pourrait grimper dès septembre.
« Nous sommes au bord du précipice », a alerté Tom Fletcher, coordinateur humanitaire de l’ONU, devant le Conseil de sécurité, mardi 9 juillet. « Les services de santé, de nutrition et de protection s’effondrent, alors que les violences faites aux femmes et aux filles augmentent dangereusement. » Environ 6,2 millions d’entre elles sont particulièrement exposées.
Un conflit enlisé dans une guerre de positions
Depuis 2014, le Yémen est déchiré entre les rebelles houthistes, soutenus par l’Iran, et un gouvernement reconnu par la communauté internationale, appuyé par une coalition menée par l’Arabie saoudite. Malgré une trêve partielle obtenue par l’ONU en 2022, les affrontements n’ont jamais cessé totalement.
Selon l’envoyé spécial de l’ONU, Hans Grundberg, « les lignes de front sont figées mais la situation demeure explosive ». Les combats se poursuivent dans plusieurs gouvernorats : Al Dhale’a, Al Jawf, Ma’rib, Taëz, Saada. Des mouvements militaires récents laissent craindre une nouvelle escalade.
« La solution ne peut être militaire », martèle Grundberg. « Toute illusion en ce sens ne ferait qu’aggraver les souffrances. »
Le Yémen, otage d’un conflit régional
La crise yéménite ne peut plus être isolée du contexte régional. Ces dernières semaines, la tension entre l’Iran et Israël – avec des frappes croisées et une implication directe des États-Unis – a ravivé le spectre d’un embrasement.
Dans ce climat, les Houthis ont relancé leurs attaques contre Israël et ciblé à nouveau des navires marchands en mer Rouge. Deux bateaux ont été frappés, causant la mort de civils. C’est une première depuis plus de sept mois. En riposte, Israël a bombardé plusieurs infrastructures stratégiques au Yémen, dont des ports et une centrale électrique.
« Le Yémen ne peut pas être entraîné dans une guerre qui le dépasse », a plaidé Hans Grundberg. « La liberté de navigation en mer Rouge est essentielle, mais bombarder des infrastructures civiles ne fera qu’ouvrir un nouveau cycle de chaos. »
Résister dans l’urgence : les derniers remparts humanitaires
Malgré les pénuries de financement, les humanitaires tiennent le front. Le choléra a reculé de 70 % en un an grâce à une stratégie ciblée. Plus de 650 000 enfants reçoivent des soins contre la malnutrition grâce à un protocole allégé. Et 3 200 structures de santé continuent d’opérer, touchant 7,2 millions de bénéficiaires.
Le Fonds humanitaire pour le Yémen réoriente aussi ses priorités : près de 50 % des financements vont désormais à des ONG locales, dont un tiers sont dirigées par des femmes. Une stratégie de proximité et de résilience, saluée par l’ONU.
Un appel pressant à la communauté internationale
Mais ces efforts restent fragiles. Trois demandes urgentes ont été formulées :
- Des financements immédiats pour l’alimentation et la nutrition.
- La libération sans condition des humanitaires détenus, dont plusieurs employés de l’ONU.
- Des garanties fermes pour la sécurité des civils et du personnel humanitaire.
« Le droit humanitaire international n’est pas négociable », a martelé Tom Fletcher. Hans Grundberg a, lui, rappelé que plusieurs humanitaires emprisonnés souffrent et doivent être soignés d’urgence. « Ils doivent rentrer chez eux. Nous n’abandonnerons pas cette bataille. »
Dans les ruines de Sanaa ou les hôpitaux de Hodeïda, ce sont les travailleurs humanitaires qui tiennent bon. Mais sans appui international rapide et massif, leur seul rempart — l’espoir — risque de s’effondrer à son tour.
La Rédaction

