Un rapport accablant dénonce un système où des migrants subsahariens, victimes de violences et d’expulsions, seraient livrés à des groupes en Libye en échange de compensations.
Un rapport explosif sur un trafic humain
Un collectif de chercheurs internationaux, sous l’acronyme RR(X), a publié une enquête de 71 pages détaillant le traitement infligé aux migrants en Tunisie par la Garde nationale et l’armée. Présenté devant le Parlement européen et relayé dans les milieux diplomatiques, le rapport révèle que des migrants subsahariens ne seraient pas seulement arrêtés et expulsés vers des zones hostiles, mais également remis à des groupes en Libye, où ils subissent extorsions, violences et détentions arbitraires.
L’enquête décrit un véritable système où les forces de sécurité tunisiennes, sous couvert de lutte contre l’immigration clandestine, organiseraient ces transferts en échange de compensations financières ou d’arrangements avec des groupes libyens opérant dans le trafic d’êtres humains.
Une politique répressive légitimée par le pouvoir
Le 21 février 2023, à l’issue d’un Conseil national de sécurité entouré de hauts responsables de la police et de l’armée, le président Kaïs Saïed a tenu des propos qui ont marqué un tournant. Il a dénoncé « un plan criminel ourdi à l’aube de ce siècle pour changer la composition démographique de la Tunisie » et « estomper son caractère arabo-musulman ». Ces déclarations, perçues comme une incitation à la haine raciale, ont déclenché une vague d’exactions contre les migrants : arrestations massives, expulsions de logements, passages à tabac et refoulements forcés.
Des ONG locales et internationales alertent sur la gravité de la situation. Des témoignages font état de migrants abandonnés en plein désert sans eau ni nourriture, mais aussi de cas où des exilés auraient été livrés à des groupes armés libyens contre des paiements.
Un rôle trouble de l’Europe ?
Alors que la Tunisie a signé un accord migratoire avec l’Union européenne en 2023, censé renforcer la lutte contre l’immigration clandestine, des voix s’élèvent pour dénoncer un « outsourcing » brutal des politiques migratoires européennes. La baisse des départs vers l’Europe ne serait pas uniquement due à un contrôle renforcé des frontières, mais aussi à des pratiques violentes et illégales visant à terroriser et à éliminer physiquement la présence subsaharienne.
Face aux critiques, les autorités tunisiennes démentent toute implication dans un trafic humain et assurent agir dans le cadre légal. Pourtant, les associations de défense des droits humains réclament une enquête indépendante pour faire la lumière sur ces accusations.
Entre pressions internationales, crise économique et tensions internes, la Tunisie se retrouve au cœur d’un scandale qui pourrait ternir durablement son image sur la scène internationale.
La Rédaction

