À Bukavu, l’heure est à la mobilisation. Alors que les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, progressent vers la capitale du Sud-Kivu, des centaines de jeunes répondent à l’appel des autorités pour s’enrôler dans les groupes d’autodéfense, les Wazalendo. Un élan patriotique qui masque difficilement la précarité de la situation sécuritaire et les limites d’une armée régulière en difficulté.
Un enrôlement massif sous tension
Le vendredi 31 janvier, un rassemblement populaire a marqué le début d’une opération d’enregistrement de volontaires prêts à combattre aux côtés des Forces armées de la RDC (FARDC). L’initiative, portée par le ministre provincial de l’Intérieur Albert Kahasha, dit “Foka Mike”, a drainé une foule de jeunes décidés à défendre leur ville.

« Je suis prêt à mourir pour mon pays », lance Juvenal Bahati, un des recrues du jour, résumant l’état d’esprit général. En file indienne devant le stade de Funu, des centaines de jeunes, souvent en tongs et tenues usées, attendent d’être enregistrés. Beaucoup espèrent une formation militaire accélérée avant d’être envoyés en première ligne.
Pour Kinshasa, ces milices locales, certes mal équipées et indisciplinées, représentent un atout numérique face à l’armée rwandaise, réputée mieux formée et dotée de technologies avancées. « Nous allons nous battre jusqu’à ce que les Rwandais rentrent chez eux. Si possible, nous irons jusqu’à Kigali », déclare avec véhémence Amani Wangwabo, un ancien combattant des conflits passés.
Mais la réalité du terrain est plus complexe : ces forces supplétives sont aussi connues pour leurs exactions contre les civils, pillages et violences incontrôlées. « Soyez disciplinés, ne tracassez pas la population ! » martèle Marcellin Bahaya, chargé de la mobilisation, dans une tentative d’encadrement de ces nouvelles recrues.

Le M23 à 60 km de Bukavu : une menace grandissante
Alors que l’armée congolaise s’efforce de contenir l’avancée rebelle, l’ONU tire la sonnette d’alarme. Jean-Pierre Lacroix, chef des opérations de paix, a alerté sur la progression rapide du M23, désormais à environ 60 kilomètres au nord de Bukavu, après avoir pris Minova le 21 janvier.
Cette avancée met en péril l’aéroport stratégique de Kavumu, dont la chute ouvrirait la voie vers Bukavu. « Si les rebelles prenaient le contrôle de cet aéroport, ce serait une étape décisive », prévient M. Lacroix.
L’inquiétude est d’autant plus grande que la crise dépasse les frontières congolaises. Les tensions entre le Rwanda et l’Afrique du Sud, principal contributeur de troupes à la force régionale SAMIDRC, s’accentuent. Les échanges musclés entre Paul Kagame et Cyril Ramaphosa, ainsi que les menaces du chef de l’Alliance Fleuve Congo, Corneille Nangaa, d’« avancer vers Kinshasa », renforcent la crainte d’un embrasement régional.
Entre espoirs de résistance et incertitudes diplomatiques
Face à l’urgence, la MONUSCO tente d’apaiser la situation. Sa cheffe, Bintou Keita, a multiplié les rencontres avec les autorités congolaises et la SADC organise un sommet d’urgence au Zimbabwe. Mais sur le terrain, la diplomatie semble bien lointaine.
À Goma, récemment tombée sous contrôle rebelle, la situation reste précaire malgré un retour progressif des services essentiels. L’ONU, débordée, peine à assurer les besoins humanitaires.
Pendant ce temps, à Bukavu, les jeunes volontaires continuent d’affluer, portés par une détermination aussi louable que désespérée. La guerre s’approche, et avec elle, son lot d’incertitudes pour l’Est congolais.
La Rédaction

