La ville de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, est sous haute tension après l’entrée des rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, selon les autorités congolaises. Alors que les Nations unies évoquent une “panique générale”, Kinshasa qualifie cette avancée de “déclaration de guerre”, marquant une escalade inquiétante dans l’un des conflits les plus anciens et les plus complexes du continent africain.
Une offensive éclair et un ultimatum militaire
Le M23, qui affirme défendre les populations tutsies en RDC, a lancé une avancée fulgurante ces dernières semaines, aboutissant à l’entrée de ses combattants dans Goma. Le groupe avait donné 48 heures aux forces congolaises pour déposer les armes, avant d’annoncer officiellement la prise de la ville.
Tôt lundi matin, des témoins ont rapporté la présence de combattants rebelles dans le centre-ville, tandis que des tirs nourris étaient entendus aux abords de l’aéroport et le long de la frontière avec le Rwanda. Selon des sources militaires, une centaine de soldats congolais ont déposé les armes auprès des troupes uruguayennes de la Mission des Nations unies en RDC (Monusco).
Face à la progression rebelle, la Monusco a organisé en urgence l’évacuation de son personnel et de leurs familles vers le Rwanda voisin. Dix bus attendaient les évacués à la frontière, confirmant l’ampleur de la crise sécuritaire en cours.
Kinshasa accuse Kigali, le Rwanda esquive
Le gouvernement congolais a rapidement réagi en dénonçant une agression “menée par l’armée rwandaise”, une accusation récurrente ces dernières années. Dans un message sur X, le porte-parole Patrick Muyaya a affirmé que les forces congolaises tentaient d’empêcher “un carnage et la perte de vies humaines”, appelant la population à rester chez elle pour éviter tout débordement.
De son côté, Kigali a refusé de confirmer son implication directe, rejetant la responsabilité de l’escalade sur Kinshasa. “Cette situation aurait pu être évitée si le gouvernement congolais avait fait preuve d’un véritable engagement en faveur de la paix”, a déclaré l’ambassadeur rwandais auprès de l’ONU, Ernest Rwamucyo.
Vers un embrasement régional ?
L’entrée du M23 dans Goma ravive le spectre d’une guerre régionale, un scénario redouté par la communauté internationale. Déjà en 2012, le groupe rebelle avait brièvement pris le contrôle de la ville avant d’être contraint au retrait sous pression diplomatique et militaire. Mais depuis son retour en force fin 2021, le M23 bénéficie d’un soutien militaire accru du Rwanda, selon plusieurs rapports des Nations unies.
La situation est d’autant plus préoccupante que l’est de la RDC est une région stratégique, riche en ressources minières convoitées et traversée par de multiples groupes armés. La crise actuelle pourrait non seulement aggraver une guerre déjà meurtrière, mais aussi provoquer un nouvel exode massif de civils. Plus d’un tiers de la population du Nord-Kivu est déjà déplacé, selon les estimations de l’ONU.
Une ville au bord du chaos
À Goma, la tension est à son comble. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des scènes de pillage à l’aéroport et dans plusieurs commerces, tandis que des explosions sont entendues jusque dans la ville rwandaise voisine de Gisenyi.
Pendant ce temps, les chancelleries occidentales et l’ONU multiplient les appels à la désescalade, mais la réalité sur le terrain est tout autre : Goma est désormais une ville assiégée, et l’ombre d’un conflit régional plane plus que jamais sur l’Afrique centrale.
La Rédaction

