Le secteur laitier sénégalais, malgré ses atouts locaux, dépend fortement des importations pour répondre à la demande nationale. Aujourd’hui, environ 70 % du lait consommé provient de l’extérieur, une situation que les autorités cherchent à inverser. L’objectif est de parvenir à une autosuffisance, et diverses mesures sont envisagées, y compris la révision des taxes sur les produits laitiers importés.
Dans les magasins sénégalais, les produits laitiers occupent une place prépondérante. Lait en poudre, en brique ou en sachet, les consommateurs ont l’embarras du choix, mais une grande partie de ce lait est importée. Les étiquettes des produits arborent parfois des éléments typiquement sénégalais, comme des zébus ou des bergers peuls, mais peu de ces produits sont réellement fabriqués à partir de lait local.
Le Sénégal consacre une part importante de ses ressources, près de 65 milliards de francs CFA (environ 100 millions d’euros), pour importer du lait chaque année, principalement de l’Union européenne. Cette dépendance est préoccupante, d’autant plus qu’elle représente environ 300 millions de litres annuellement. Selon certains experts, la situation pourrait être encore plus grave que ces chiffres ne l’indiquent.
Dans ce contexte, Mabouba Diagne, ministre sénégalais de l’Agriculture, a exprimé son désir d’inverser cette tendance. Lors d’une visite en Ouganda en janvier, il a souligné la nécessité de renforcer la production locale de lait pour atteindre l’autosuffisance. Il a également évoqué les défis auxquels le pays fait face pour réaliser cet objectif.
L’éleveur Oumar Sow, dans la région de Dakar, témoigne de l’importance croissante du lait dans la consommation locale. Avec l’urbanisation et les changements de mode de vie, la demande a considérablement augmenté, mais les producteurs locaux peinent à suivre en raison du coût élevé des ressources nécessaires, comme le fourrage. Bien qu’il ait pu acquérir des vaches importées grâce au soutien de l’État, il reste confronté à des obstacles financiers pour développer son activité.
La question de la taxation des produits laitiers importés est au cœur des débats. Le ministre de l’Agriculture a récemment proposé une augmentation des taxes sur le lait en poudre, qui est souvent moins cher que le lait local. Ce produit, fabriqué à partir de lait écrémé et d’huiles végétales comme l’huile de palme, représente une part importante des importations en Afrique de l’Ouest. Le faible coût de ces poudres met en péril la compétitivité des producteurs locaux.
Ousmane Ndiaye, président du comité interprofessionnel laitier, plaide pour une révision des politiques douanières de la CEDEAO, qui favorisent encore l’importation de lait à bas prix. Il estime que les conditions actuelles ne permettent pas aux producteurs locaux d’investir pour développer leurs exploitations.
Cette question divise les experts. Certains, comme l’économiste Serigne Moussa Dia, estiment que la concurrence déloyale du lait importé freine le développement d’une industrie laitière locale robuste. D’autres, comme Famara Sarr du ministère de l’Agriculture, préconisent une approche plus mesurée, en réinvestissant les recettes fiscales issues des importations pour soutenir la modernisation du secteur laitier local.
Malgré ces difficultés, des avancées ont déjà été réalisées. En 2019, le gouvernement a réussi à exonérer les producteurs de lait pasteurisé de la TVA, une mesure qui a permis de stimuler la production locale. La Laiterie du Berger, dirigée par Bagoré Bathily, est un exemple de succès. En 2024, l’entreprise a produit plus de 3 millions de litres de lait, soulignant que des progrès sont possibles même dans un contexte difficile.
Le défi de la souveraineté laitière semble à la portée du Sénégal. Avec une riche tradition d’élevage et des initiatives politiques récentes, le pays a les atouts nécessaires pour réduire sa dépendance aux importations et faire de la production locale de lait une priorité.
La Rédaction

