Des milliers de personnes ont afflué ce samedi dans le nord du Liberia pour rendre un dernier hommage à Prince Johnson, figure clé et controversée des guerres civiles libériennes, connu pour sa cruauté et son influence politique durable.
Une figure marquée par la violence
Prince Johnson est tristement célèbre pour une vidéo de 1990 où on le voit boire une bière pendant que ses hommes torturaient à mort le président Samuel Doe, un épisode marquant des conflits sanglants ayant ravagé le Liberia entre 1989 et 2003. Malgré son rôle central dans ces atrocités, il n’a jamais été jugé. Ces guerres civiles ont causé la mort de quelque 250 000 personnes et laissé un pays exsangue, confronté ensuite à des crises comme l’épidémie d’Ebola entre 2014 et 2016.
Un parcours politique influent
Après la fin des conflits, Johnson s’est réinventé en homme politique, devenant un sénateur influent et un acteur clé dans les dernières élections présidentielles. Jusqu’à sa mort en novembre dernier à 72 ans, il avait su conserver une emprise politique, malgré les recommandations de la Commission Vérité et Réconciliation (TRC) de le juger pour crimes de guerre.
Des funérailles à la hauteur de son influence
Les obsèques ont marqué la fin de cinq jours de cérémonies nationales, débutées à Monrovia avec l’exposition de son corps au Parlement avant son transfert à Ganta, dans le comté de Nimba, sa région d’origine.
À Ganta, la foule a rendu hommage à sa mémoire dans une ambiance mêlant tradition et symbolisme. Vêtus de tenues rouges et maquillés de craie blanche, certains brandissaient des armes en bois, évoquant son rôle de guerrier et de défenseur de Nimba.
Une opinion divisée
Parmi les participants, Charles G. Wondor, agriculteur de 65 ans, a décrit Johnson comme “le plus grand arbre dont dépendait la population”, regrettant une perte irremplaçable pour Nimba. Darling N. Nuahn, femme d’affaires, a également loué ses contributions à la région. Cependant, ces témoignages contrastent avec les accusations accablantes de la TRC, qui avait identifié Prince Johnson comme l’un des principaux responsables des atrocités commises pendant les guerres.
Justice toujours en attente
Malgré la signature en mai dernier d’un décret par le président Joseph Boakai pour établir un tribunal spécial pour les crimes de guerre, les recommandations de la TRC restent largement inappliquées. Selon Alain Werner, directeur de l’ONG Civitas Maxima, Johnson avait su manipuler le processus judiciaire grâce à son influence politique.
Un héritage ambigu
Jusqu’à sa mort, Prince Johnson n’a exprimé aucun regret pour ses actes, se considérant comme un défenseur de son peuple contre les exactions du régime Doe. Devenu prédicateur évangélique après son retour d’exil au Nigeria en 2004, il avait réussi à conserver une large popularité dans certaines communautés, tout en incarnant une figure de division dans l’histoire récente du Liberia.
Son décès laisse une empreinte complexe, entre héritage politique, mémoire des atrocités et quête de justice encore inachevée.
La Rédaction

