À Faranah, ville nichée à des centaines de kilomètres de Conakry, la culture du riz est bien plus qu’un travail agricole. Ici, chaque grain récolté raconte une histoire de détermination face à des défis colossaux. Dans cette région où l’agriculture reste reine, les terres généreuses offrent des promesses que les habitants s’efforcent de transformer en réalité, malgré des moyens souvent rudimentaires.
Un engagement qui dépasse les frontières du champ
Pour Alpha Oumar Taran Dial, agriculteur et secrétaire général de l’Institut supérieur agronomique de Faranah, cultiver le riz, c’est répondre à un besoin national. Sur ses vastes parcelles de plus de 100 hectares, le travail ne s’arrête jamais : labourer, semer, surveiller, récolter. « Ce n’est pas qu’une question de survie personnelle, c’est un acte de contribution à la souveraineté alimentaire du pays », explique-t-il.
À Faranah, le riz est cultivé sans engrais ni produits chimiques, une véritable prouesse à l’heure des méthodes intensives. Chaque saison exige des sacrifices : des investissements financiers lourds et une patience à toute épreuve. Mais ce choix du naturel, parfois contraignant, s’accompagne d’une fierté : produire un riz bio, symbole de qualité et d’authenticité.
Une terre d’innovation et d’adaptation
Les agriculteurs de Faranah expérimentent avec audace de nouvelles variétés de riz, adaptées aux spécificités locales. Parmi elles, le M6, connu pour sa capacité à prospérer tant que l’eau est disponible, ou encore un riz parfumé surnommé « aromatisé ». À leurs côtés, une variété aux origines sierra-léonaises, surnommée affectueusement « riz léonais », enrichit la diversité des champs. Cette recherche permanente de solutions montre un dynamisme à toute épreuve, malgré des infrastructures encore insuffisantes.
Une région au cœur des ambitions nationales
Le rôle de Faranah dans la production de riz en Guinée est crucial. En quelques années, le pays s’est hissé parmi les leaders ouest-africains de la filière. En 2023, le riz local a couvert plus de 65 % des besoins alimentaires nationaux, surpassant de loin les performances de nombreux pays voisins. Ce progrès s’est accompagné d’une baisse notable des importations et d’un espoir : atteindre une production record en 2024.
Entre défis et espoirs : un futur à bâtir
Cependant, cette ascension reste entravée par une gestion de l’eau insuffisante. Sur les vastes étendues agricoles de Faranah, moins de 4 % des terres bénéficient d’aménagements hydrauliques. Cette faiblesse limite les récoltes et rend les agriculteurs vulnérables face aux caprices du climat. Malgré tout, des efforts ont été initiés. En 2023, des équipements agricoles modernes ont été mis à disposition des cultivateurs à des prix accessibles, ouvrant la voie à une mécanisation plus répandue.
Pour Alpha Oumar Taran Dial, l’avenir passe par l’aménagement des terres et une mobilisation accrue. Si les conditions s’améliorent, il envisage de doubler la superficie de ses champs dans les années à venir. À Faranah, le riz n’est pas qu’une culture : c’est une leçon de résilience et une invitation à transformer la richesse de la terre en moteur de prospérité.
La Rédaction

