L’Union européenne continue de trier sur le volet les pays candidats à son élargissement. Alors que l’Ukraine et la Moldavie reçoivent les félicitations pour leurs efforts de réforme, la Géorgie et la Turquie sont mises à l’écart, victimes de reculs démocratiques flagrants.
Géorgie : des ambitions européennes en déclin
La Géorgie, autrefois prometteuse dans son rapprochement avec l’Union européenne, a vu son image se ternir. Hormis des progrès jugés “modérés” dans la création d’une économie de marché, le rapport des ministres européens est sans concession. Il fustige des atteintes répétées aux principes démocratiques, une ingérence dans les institutions judiciaires et une répression violente des manifestants et de la société civile.
Au centre des critiques, la loi controversée sur les agents étrangers, accusée de contredire les valeurs européennes, et la décision unilatérale du Premier ministre Irakli Kobakhidze de suspendre les discussions d’adhésion jusqu’en 2028. En toile de fond, des manifestations massives, marquées par des violences et des arrestations, ont exacerbé les tensions. Face à ces dérives, les ministres exhortent Tbilissi à revenir sur la voie européenne et à adopter des réformes urgentes.
Turquie : des avancées noyées sous les reproches
En Turquie, quelques efforts salués, notamment la reprise du dialogue avec la Grèce et une politique économique plus orthodoxe, n’ont pas suffi à dissiper les critiques. Le ton reste dur sur les atteintes aux libertés fondamentales, les restrictions imposées aux médias et les pressions sur le système judiciaire.
La question chypriote reste un point de friction majeur. Ankara, seul pays à reconnaître la souveraineté du nord de l’île, est appelé à normaliser ses relations avec Nicosie, en conformité avec le droit international. “Les négociations sont au point mort”, notent les ministres, réaffirmant que tant que les réformes ne progressent pas, aucune avancée ne sera possible.
Malgré les critiques, le président Recep Tayyip Erdoğan plaide pour un réchauffement des relations avec l’UE. Lors de sa rencontre avec Ursula von der Leyen, il a demandé la reprise d’un dialogue politique de haut niveau, suspendu depuis 2019, et la levée des restrictions bilatérales.
Ukraine et Moldavie : la voie vers l’Europe se précise
À l’opposé, l’Ukraine et la Moldavie s’illustrent par des avancées notables. L’Ukraine, malgré la guerre, impressionne par ses réformes dans la lutte contre la corruption et le renforcement de ses institutions. Son alignement total sur la politique étrangère et les sanctions européennes contre la Russie est perçu comme un modèle à suivre.
La Moldavie, elle, continue de progresser sur des questions sensibles, comme la dé-oligarchisation et la gestion des finances publiques. L’Union européenne a salué sa “stratégie systémique” et encouragé la poursuite de ses efforts pour renforcer l’État de droit et les droits fondamentaux.
Les Balkans : un bilan en demi-teinte
L’Albanie, le Monténégro et la Macédoine du Nord avancent également sur leur chemin vers l’UE, avec des résultats variables. Tirana et Podgorica ont franchi des étapes importantes cette semaine, ouvrant ou clôturant des chapitres de négociations. La Macédoine du Nord, en revanche, reste bloquée par des réformes constitutionnelles liées à la reconnaissance de la minorité bulgare.
La Serbie, souvent critiquée, est rappelée à l’ordre pour son manque de progrès en matière de liberté d’expression et de réforme judiciaire. Belgrade est sommée d’accélérer les réformes et de s’aligner sur la politique étrangère européenne, sous peine de voir ses ambitions d’adhésion s’étioler.
Un élargissement sous tension
À la veille d’un sommet à Bruxelles entre les dirigeants de l’Union et les pays des Balkans occidentaux, les conclusions des ministres dressent un tableau contrasté. Si certains candidats avancent avec détermination, d’autres s’embourbent dans des querelles internes et des manquements aux principes fondamentaux de l’UE.
Pour l’Europe, cet élargissement, plus politique que jamais, pose un défi de taille : comment concilier rigueur démocratique et volonté de bâtir une Union plus large et plus solidaire ? Une question à laquelle les mois à venir devront répondre.
La Rédaction

