Les rivières africaines et leurs écosystèmes subissent une menace invisible mais persistante : les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS), surnommées « produits chimiques éternels ». Ces composés, quasiment indestructibles, s’accumulent dans l’environnement, affectant la faune, la flore, et la santé humaine. Des sites comme le lac Victoria, le fleuve Vaal en Afrique du Sud, et la rivière Nairobi au Kenya figurent parmi les plus touchés.
Une pollution sous-estimée mais omniprésente
Bien que moins documentée qu’en Occident, la contamination par les PFAS est loin d’épargner le continent africain. Une étude menée par des chercheurs spécialisés dans l’eau et la chimie a révélé leur présence dans 11 pays, dont l’Afrique du Sud, le Nigéria, le Ghana et la Tunisie. Le problème semble même plus vaste, car de nombreux pays ne disposent pas des outils nécessaires pour identifier ou signaler cette pollution.
Dans certaines régions, les concentrations en PFAS dépassent les seuils définis par l’Union européenne pour les environnements sensibles. En Afrique du Sud, par exemple, le fleuve Vaal est gravement affecté par les rejets industriels, tandis que le lac Victoria, essentiel à plus de 300 millions de personnes, concentre des niveaux inquiétants de ces substances.
Pourquoi cette menace est-elle si sérieuse ?
Les « produits chimiques éternels » doivent leur nom à leur incroyable résistance à la décomposition. Ils s’accumulent dans les organismes vivants et remontent la chaîne alimentaire, exposant les populations humaines via l’eau potable ou les poissons contaminés. Leur toxicité est associée à des problèmes de santé graves : maladies rénales, troubles de la reproduction, fausses couches et retards de développement chez les enfants.
Les écosystèmes, eux aussi, en subissent les conséquences. La biodiversité aquatique est perturbée, mettant en péril des réseaux alimentaires entiers.
Des solutions à portée de main
La lutte contre les PFAS exige des actions coordonnées à plusieurs niveaux.
Renforcer la réglementation : Les pays africains doivent appliquer efficacement la Convention de Stockholm, qui vise à éliminer les polluants organiques persistants. Les producteurs devraient également être tenus responsables de l’utilisation de ces substances.
Moderniser les infrastructures : Les stations d’épuration obsolètes, incapables de filtrer ces polluants, doivent être équipées de technologies avancées comme l’adsorption ou l’oxydation avancée, déjà éprouvées ailleurs.
Informer et éduquer : Les gouvernements et ONG doivent sensibiliser les populations aux dangers des PFAS, présents dans des produits du quotidien comme les poêles antiadhésives, et promouvoir des alternatives plus sûres.
Stimuler la recherche : Le suivi des concentrations de PFAS et le développement de solutions adaptées au contexte africain nécessitent un financement accru et des collaborations scientifiques.
Une course contre la montre
Alors que les « produits chimiques éternels » continuent de s’infiltrer dans les écosystèmes africains, l’urgence d’agir ne fait aucun doute. Protéger l’eau, cette ressource vitale, c’est aussi préserver la santé et la biodiversité du continent pour les générations futures.
La Rédaction

