Le Ghana se trouve à un tournant décisif. Alors que la nouvelle administration s’apprête à prendre les rênes du pays, elle hérite d’un paysage socio-économique marqué par une désillusion croissante des jeunes, une crise énergétique persistante et une industrie du cacao en chute libre.
Un bilan présidentiel controversé
Le mandat de Nana Akufo-Addo, qui vient de s’achever, laisse un goût amer. Si certains de ses partisans louent ses efforts, ses détracteurs dénoncent une gestion chaotique et des promesses non tenues. Sa cote de popularité a chuté durant ses dernières années au pouvoir, reflétant l’exaspération de nombreux citoyens face à l’aggravation des défis économiques et sociaux.
Pour Austin Kwabena Brako-Powers, expert en développement, le prochain président hérite d’« un pays en désordre ». La dette publique atteint des sommets inédits, tandis que le chômage, notamment chez les jeunes, et une fiscalité jugée asphyxiante compliquent la relance économique.
Une crise énergétique préoccupante
Bright Simons, entrepreneur et fondateur de mPedigree, souligne la gravité de la crise financière qui frappe le secteur énergétique. La dette accumulée, estimée à 2 milliards de dollars, continue de peser lourdement. Selon Jérôme Kumeh, économiste et analyste des risques, l’incapacité à réformer ce secteur pourrait paralyser tout programme gouvernemental. Une refonte complète de la chaîne de valeur énergétique sera essentielle, mais nécessitera une volonté politique sans faille.
Le poids de l’austérité
Classé parmi les pays africains les plus endettés vis-à-vis du FMI, le Ghana affronte les conséquences d’un programme de redressement économique dont les bénéfices semblent épuisés. Simons avertit que l’austérité à venir, avec l’objectif d’augmenter les recettes fiscales de 50 % et de générer des excédents budgétaires, mettra à l’épreuve les capacités du futur gouvernement.
Les défis budgétaires sont considérables. Le Ghana doit honorer environ 1 milliard de dollars par an pour ses euro-obligations entre 2025 et 2028, tout en remboursant 100 milliards de GHC en capital et intérêts au niveau national.
L’effondrement du secteur du cacao
Le cacao, pilier de l’économie ghanéenne, traverse une crise sans précédent. Le COCOBOD, régulateur de l’industrie, est confronté à une chute de sa crédibilité financière, aggravée par le refus des banques internationales de lui accorder un prêt de 1,5 milliard de dollars pour la prochaine campagne. Cette situation, inédite depuis 32 ans, illustre la fragilité du secteur.
Simons avertit que la hausse actuelle des prix du cacao masque temporairement cette crise. Une baisse des cours pourrait précipiter un effondrement du marché, avec des répercussions catastrophiques pour le Ghana.
Une administration face à l’urgence
Au-delà des défis économiques, des questions structurelles demeurent. La masse salariale publique a explosé, sans réelle réforme ni mouvement social paralysant. Pour Bright Simons, cette relative accalmie cache des tensions qui risquent de resurgir avec encore plus d’intensité sous le prochain gouvernement.
Alors que le Ghana entame une nouvelle ère politique, les attentes sont élevées. Le futur président devra faire preuve de résilience et de vision pour répondre aux multiples crises, restaurer la confiance des citoyens et redresser une économie vacillante.
La Rédaction

