Après quinze années d’instruction, l’affaire des « biens mal acquis » visant la famille Bongo arrive à un tournant décisif. Le 28 mars dernier, le juge financier chargé de cette procédure tentaculaire a officiellement clos les investigations, ouvrant la voie à une possible mise en procès de l’un des clans les plus puissants d’Afrique francophone. Une page judiciaire s’apprête à se tourner, mais son épilogue reste suspendu à la décision du Parquet national financier (PNF), désormais seul à pouvoir recommander ou non la tenue d’un procès.
Au cœur de ce dossier, une accusation aussi massive que sensible : la construction d’un empire immobilier en France, en partie grâce à des circuits financiers frauduleux hérités de la « Françafrique ». Plusieurs membres du clan Bongo – dont onze enfants de feu Omar Bongo – sont dans le viseur de la justice, soupçonnés d’avoir profité d’un patrimoine estimé à 85 millions d’euros. Une somme colossale, incarnée dans des propriétés de luxe nichées à Paris, en Provence ou sur la Côte d’Azur. À ce jour, près de 70 millions d’euros de biens ont été saisis.
La procédure, initiée en 2007 par Transparency International, a élargi son spectre bien au-delà des frontières gabonaises. La banque BNP Paribas a été mise en examen pour son rôle supposé dans des opérations de blanchiment atteignant « au moins 35 millions d’euros ». L’ancienne Miss France Sonia Rolland, quant à elle, se retrouve éclaboussée pour avoir reçu un appartement de la part d’Édith Bongo, épouse du défunt président.
Le caractère systémique du réseau de corruption mis en lumière par ce dossier rappelle d’autres affaires de la même époque, à l’image de l’« affaire Elf », révélant un enchevêtrement opaque de privilèges, d’alliances franco-africaines et de silences complices. En réponse, certains membres de la famille invoquent leur ignorance ou leur jeune âge au moment des acquisitions. D’autres restent muets, tout comme certains de leurs avocats sollicités par les médias.
La chute d’Ali Bongo en août 2023, renversé par un coup d’État militaire, pourrait encore rebattre les cartes. Jusqu’ici protégé par son immunité présidentielle, il pourrait désormais être rattrapé par une justice longtemps contenue. S’il n’est pas encore mis en examen, sa situation reste précaire.
Pour William Bourdon, avocat de Transparency International, l’heure de vérité approche. Il espère que la justice française ira jusqu’au bout, dans un procès que certains imaginent possible dès 2026. Ce serait, enfin, une tentative de rendre des comptes là où la morale et la loi furent longtemps reléguées derrière les dorures de la diplomatie.
La Rédaction

