Sur le continent africain, une majorité écrasante de la population – quatre personnes sur cinq – dépend encore du bois, du charbon de bois ou d’autres combustibles polluants pour cuisiner. Ces pratiques, souvent réalisées sur des réchauds inefficaces ou à feu ouvert, exposent les familles à des émissions toxiques qui provoquent de graves maladies respiratoires et cardiovasculaires. Environ 700 000 décès prématurés par an sont ainsi attribués à cette pollution domestique, les enfants étant particulièrement vulnérables
Le Nigéria, pays le plus peuplé d’Afrique, illustre la gravité de cette crise. En milieu rural, seulement 5 % de la population a accès à des combustibles modernes comme le gaz de pétrole liquéfié (GPL) ou l’électricité. Dans ce contexte, le gouvernement s’est fixé un objectif ambitieux : abandonner progressivement les combustibles polluants et généraliser les énergies de cuisson propres d’ici 2060
Les freins à une transition énergétique essentielle
Au début des années 2010, le Nigéria avait amorcé une transition prometteuse. En 2019, près d’un quart des ménages urbains utilisaient le gaz de cuisson, contre seulement 7 % dix ans plus tôt. Ce progrès résultait de la collaboration entre les autorités et le secteur privé. Cependant, la crise économique de 2022, aggravée par une inflation galopante, a freiné cette dynamique. La hausse des prix du gaz a contraint de nombreux ménages à retourner vers des combustibles polluants, mettant en péril les gains enregistrés
Une étude récente démontre pourtant que la généralisation des énergies de cuisson propres pourrait avoir des impacts considérables. L’abandon des combustibles traditionnels réduirait de façon significative les émissions de gaz à effet de serre, tout en évitant plus de 200 000 décès prématurés chaque année, dont 44 000 enfants de moins de cinq ans. À long terme, 7,2 millions de vies seraient sauvées, et les forêts, souvent surexploitées pour le bois de chauffage, seraient largement préservées
Trois trajectoires possibles pour le Nigéria
Les chercheurs envisagent plusieurs chemins pour la transition énergétique au Nigéria. Dans le scénario pessimiste, où aucune mesure supplémentaire ne serait prise, les décès prématurés dus à la pollution domestique continueraient d’augmenter pour atteindre un pic alarmant d’ici 2060
Dans une approche modérée, des progrès significatifs seraient réalisés grâce à une adoption accrue du gaz, mais une partie importante des ménages continuerait d’utiliser des cuisinières à biomasse inefficaces jusqu’au milieu du siècle
Enfin, dans le scénario le plus ambitieux, une transformation radicale du secteur de la cuisson permettrait de réduire drastiquement la pollution domestique. Ce scénario repose sur des investissements massifs, une meilleure accessibilité financière et des politiques publiques cohérentes. Il offrirait un avenir où 85 millions de foyers auraient accès à des solutions de cuisson modernes et propres, sauvant ainsi des millions de vies
Accélérer la transition pour éviter une catastrophe
Pour concrétiser cette révolution énergétique, plusieurs leviers doivent être activés
•Adopter des politiques énergétiques réalistes, adaptées aux défis économiques actuels
•Faciliter l’accès au financement pour permettre aux ménages de s’équiper de technologies modernes
•Renforcer les infrastructures de distribution pour garantir un approvisionnement fiable en gaz de cuisson
•Anticiper les crises économiques futures en maintenant la stabilité des prix des combustibles modernes
•Sensibiliser les familles aux avantages des technologies propres et comprendre leurs comportements face aux fluctuations des prix
Les expériences réussies du Brésil et de l’Indonésie montrent qu’une transition rapide est réalisable lorsqu’une volonté politique s’accompagne d’investissements stratégiques. Pour le Nigéria, la transformation des pratiques de cuisson ne représente pas seulement une avancée environnementale, mais une question de santé publique urgente
Le temps presse : agir aujourd’hui, c’est non seulement éviter une catastrophe sanitaire et écologique, mais aussi bâtir un avenir durable pour des millions de Nigérians
La Rédaction

