En plein cœur de l’océan Atlantique, à 700 kilomètres des côtes du Sénégal et de la Mauritanie, l’archipel de Cabo Verde fait figure de prouesse en matière d’adaptation. Ce pays insulaire, composé de dix îles volcaniques, lutte depuis des décennies contre une pénurie chronique d’eau douce et des terres cultivables limitées. Pourtant, grâce à des stratégies audacieuses et au soutien de la FAO, Cabo Verde est devenu un modèle de résilience pour l’Afrique de l’Ouest.
Un défi permanent : l’eau
Recevant à peine 300 mm de pluie par an, l’archipel subit de plein fouet les conséquences d’un climat aride. « La rareté de l’eau est une contrainte structurelle, aggravée par un relief accidenté et des sols peu propices à l’agriculture », explique Celestino Tavares, ingénieur à la Direction de l’agriculture. Cette situation a réduit la contribution de l’agriculture au PIB, qui se situe désormais entre 4 et 5 %.
Face à ces défis, le gouvernement a misé sur des solutions innovantes, comme l’irrigation goutte à goutte. Dans les champs de maïs qui jalonnent les vallées au pied des montagnes volcaniques, cette technique optimise chaque goutte d’eau disponible. « Ici, chaque goutte compte », affirme M. Tavares, soulignant que la majorité des terres agricoles appartiennent à des particuliers.
Des réponses technologiques à l’aridité
Pour pallier le manque d’eau, Cabo Verde a investi dans des infrastructures hydrauliques modernes, notamment le dessalement de l’eau de mer. À São Domingos, une usine de dessalement de 4 hectares, alimentée à l’énergie solaire, produit une eau destinée à l’irrigation. « L’énergie solaire réduit nos coûts de 30 %, ce qui est essentiel pour les agriculteurs », précise un ingénieur en électricité. Cette installation soutient aujourd’hui 1 200 producteurs agricoles sur l’île de Santiago.
Formation et modernisation agricole
En parallèle, le pays mise sur la formation pour accompagner la transition vers une agriculture moderne. Des champs-écoles et des écoles mobiles, qui se déplacent directement auprès des agriculteurs, enseignent des pratiques innovantes, comme la culture sous serre. Bien qu’expérimentales, ces initiatives montrent un potentiel prometteur. « Les agriculteurs sont satisfaits, mais nous attendons encore des résultats concrets sur le terrain », souligne Antonio Delgado, ingénieur agronome.
Ana Touza, de la FAO, a salué les avancées de Cabo Verde, désormais classé parmi les pays à revenu intermédiaire grâce à ses politiques ambitieuses. « L’archipel le plus sahélien offre une leçon précieuse au reste de l’Afrique de l’Ouest : avec persévérance et innovation, il est possible de transformer des contraintes en opportunités. » Une leçon de résilience, entre mer et montagnes volcaniques.
La Rédaction

