Dans les zones rurales du nord du Ghana, l’accès à une alimentation équilibrée pour les femmes est étroitement lié à des normes socioculturelles profondément ancrées. Ces dernières façonnent non seulement les rôles au sein des ménages mais influencent aussi la répartition des ressources alimentaires, ce qui a des conséquences directes sur la santé nutritionnelle des femmes. Cette dynamique, souvent négligée dans les études, mérite une attention particulière pour comprendre comment les traditions locales peuvent constituer un frein à l’amélioration des conditions de vie des femmes.
Entre mai et juillet 2016, une étude approfondie a été menée dans deux villages, Yilkpene et Kpachilo, au nord du Ghana, où les habitants partagent des caractéristiques communes en termes de population, de modes de vie et d’accès aux services de base. L’objectif de cette recherche était de mettre en lumière l’impact des traditions locales sur la qualité de l’alimentation féminine. Pour ce faire, l’étude a recueilli des données à travers des entretiens avec des leaders locaux, des discussions de groupe impliquant 87 membres de la communauté, et des observations sur les habitudes alimentaires de 40 femmes en âge de procréer.
Les résultats ont révélé une forte domination masculine dans la gestion des ressources alimentaires et la prise de décisions liées à la production agricole. Les hommes contrôlent la culture des céréales et des légumineuses, qui sont les principales sources de revenus de la région, tandis que les femmes s’occupent des cultures de légumes, souvent en quantité limitée et destinées principalement à la consommation domestique. Ce partage des rôles implique que la contribution des femmes à la production alimentaire reste souvent confinée à des produits de moindre valeur marchande, limitant ainsi leur capacité à accéder aux ressources alimentaires génératrices de revenus.
Malgré leur rôle central dans la préparation des repas pour le foyer, les femmes sont les premières à pâtir de la répartition inégale des produits alimentaires. En effet, bien que ce soit elles qui cuisinent pour la famille, les meilleurs morceaux – notamment les ingrédients riches en nutriments – reviennent souvent aux hommes. Cette disparité est un reflet des croyances selon lesquelles la force et le statut de l’homme nécessitent une meilleure alimentation, reléguant les besoins nutritionnels des femmes au second plan.
Cette inégalité se traduit par une faible diversité alimentaire pour de nombreuses femmes. Environ 45 % des femmes interrogées ne parviennent pas à atteindre le minimum de diversité alimentaire recommandé, soit la consommation d’au moins cinq groupes alimentaires différents par jour. Ce manque de variété dans leur régime alimentaire entraîne des carences nutritionnelles susceptibles de nuire à leur santé, et plus largement à celle de leurs enfants, renforçant un cycle de pauvreté et de malnutrition.
Pour remédier à cette situation, il est crucial de repenser le rôle des normes socioculturelles dans les communautés rurales du Ghana. Les programmes de développement devraient intégrer des actions visant à sensibiliser les populations à l’importance de l’équité dans la répartition des ressources alimentaires et à promouvoir l’autonomisation économique des femmes. Offrir aux femmes un meilleur accès aux terres agricoles et aux ressources financières pourrait leur permettre de produire davantage de cultures à haute valeur nutritive, favorisant ainsi une alimentation plus équilibrée au sein des foyers.
De plus, il est essentiel d’impliquer les hommes dans ce processus de transformation. Les sensibiliser sur les bénéfices d’une alimentation plus équilibrée pour toute la famille, y compris pour les femmes, peut contribuer à changer les mentalités. L’objectif n’est pas de rompre avec la tradition, mais de la faire évoluer pour répondre aux besoins actuels de la société, en tenant compte des enjeux de santé publique et de développement durable.
En fin de compte, le défi est de taille, mais il n’est pas insurmontable. En plaçant la question de l’alimentation au cœur des préoccupations socioculturelles, il est possible de créer un environnement où les traditions s’adaptent aux réalités modernes, permettant ainsi aux femmes de mieux nourrir leurs familles et de contribuer pleinement à la dynamique sociale et économique de leurs communautés.
La Rédaction

