« Publication d’informations susceptibles de nuire à l’intérêt national ». Cette accusation, aussi floue que lourde, a valu à plusieurs militants algériens une peine de prison. Dans un nouveau rapport publié jeudi, Amnesty International dresse un tableau inquiétant de la situation des libertés en Algérie, dénonçant une répression implacable menée ces cinq derniers mois par les autorités contre un mouvement de protestation numérique.
En ligne de mire : le mouvement “Manich Radi” (“Je ne suis pas satisfait”), lancé en décembre 2024, pour dénoncer les restrictions croissantes des libertés fondamentales et la détérioration des conditions socioéconomiques. Selon Amnesty, au moins 23 militants, journalistes et activistes ont été arrêtés ou condamnés, uniquement pour avoir exprimé pacifiquement leur désaccord sur les réseaux sociaux.
Un pouvoir qui redoute l’écran
Pour Heba Morayef, directrice régionale d’Amnesty pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, la stratégie des autorités est claire : « étouffer le militantisme en ligne ». Et elle alerte : « Rien ne saurait justifier d’arrêter et d’emprisonner des gens uniquement parce qu’ils ont exprimé leur mécontentement face à la situation politique et socioéconomique ».
Les cas de Soheib Debbaghi et Mahdi Bazizi, condamnés en mars à 18 mois de prison, illustrent cette dérive. Leur crime ? Avoir soutenu et diffusé les messages du mouvement “Manich Radi”. Les procédures ont été menées à vive allure, ne laissant que peu de place à la défense, souligne l’ONG.
Hirak : l’ombre toujours portée
Cette vague de répression intervient à un moment symbolique : à l’approche du sixième anniversaire du mouvement Hirak, qui avait ébranlé le régime en 2019. Amnesty y voit une tentative claire d’étouffer toute résurgence de contestation populaire, même virtuelle.
En Algérie, la contestation numérique devient le dernier refuge d’une jeunesse désabusée, privée d’espaces d’expression et confrontée à une précarité grandissante. Mais même cet espace est désormais surveillé, infiltré, et parfois criminalisé.
Amnesty appelle une nouvelle fois les autorités algériennes à mettre fin à ces poursuites jugées injustes, et à respecter leurs engagements internationaux en matière de liberté d’expression.
La Rédaction

