En Tunisie, le président sortant Kaïs Saïed a été donné vainqueur de l’élection présidentielle du 6 octobre 2024, selon les sondages de sortie des urnes. Avec 89,2 % des voix au premier tour, il devance largement ses adversaires, Ayachi Zammel, un industriel libéral emprisonné, qui n’a obtenu que 6,9 % des suffrages, et Zouhair Maghzaoui, député de la gauche panarabe, avec 3,9 %. Ces résultats préliminaires, qui doivent encore être officialisés, marquent une nette victoire pour Saïed, malgré une participation électorale très faible, estimée à 27,7 % contre 45 % lors de l’élection de 2019.
Cette élection se déroule dans un contexte de critiques sévères envers Kaïs Saïed, accusé par l’opposition et de nombreuses organisations de la société civile de « dérive autoritaire ». Depuis son coup de force de l’été 2021, où il a suspendu le Parlement et consolidé ses pouvoirs, le président a fait face à des contestations pour son étouffement des contre-pouvoirs, incluant des arrestations de figures politiques, syndicalistes et militants. Selon Human Rights Watch, plus de 170 personnes seraient actuellement détenues pour des raisons politiques ou pour avoir exercé leurs libertés fondamentales.
Le déroulement du scrutin a été marqué par un processus électoral controversé. Plusieurs candidats d’envergure ont été écartés par l’autorité électorale, l’Isie, pour des irrégularités présumées, limitant ainsi la compétition à des challengers de moindre poids politique. Ayachi Zammel, l’un des principaux rivaux de Kaïs Saïed, a été emprisonné pour des soupçons de faux parrainages, tandis que Zouhair Maghzaoui, longtemps proche du président, était perçu comme un opposant symbolique, plus que comme un véritable concurrent. Cette configuration a amené certains analystes à estimer que le scrutin était « faussé en faveur de M. Saïed », ce qui a renforcé les accusations de manque de transparence.
Malgré cette victoire éclatante sur le papier, la faible participation électorale témoigne d’un désenchantement croissant de la population tunisienne envers le processus démocratique. La légitimité de l’élection est ainsi questionnée par de nombreux observateurs, qui pointent la désaffection de l’électorat pour un président jugé trop préoccupé par la répression de ses adversaires et moins par la relance économique, dans un pays marqué par une crise sociale et financière profonde.
Après l’annonce des sondages, quelques centaines de partisans de Kaïs Saïed se sont rassemblés au centre de Tunis pour fêter la victoire de celui qu’ils surnomment « Kaisoun ». Malgré leur ferveur, le contraste avec les aspirations de la population en 2019, où Saïed avait été porté par une dynamique de changement, est saisissant. Désormais, la Tunisie s’interroge sur les orientations que prendra ce second mandat, dans un contexte où le président a promis de « poursuivre la Révolution de 2011 » et de bâtir un « pays nettoyé des corrompus et des complots ».
Pour de nombreux analystes, cette nouvelle victoire pourrait marquer un durcissement supplémentaire à l’égard des voix critiques, renforçant un climat de polarisation politique et de répression. Toutefois, l’avenir reste incertain pour un pays où les attentes de stabilité et de justice sociale n’ont jamais été aussi pressantes.
La Rédaction

