Dans les faubourgs de La Havane, derrière des immeubles vieillissants, des carrés de terre s’étendent modestement entre les lignes de bananiers. Sergio, un habitant parmi tant d’autres, porte à bout de bras deux seaux d’eau précieuse pour arroser ses plants de tomates. « Les tomates, c’est un luxe. Je ne les mange pas, je les vends à prix d’or », dit-il en esquissant un sourire. Ce qui pourrait être une scène de vie quotidienne dans une île paradisiaque est en réalité un symbole de la crise alimentaire profonde qui frappe Cuba.
Autrefois exportatrice majeure de produits agricoles, l’île caribéenne doit désormais importer la majorité de ses denrées, y compris son emblématique sucre. La situation est telle que la quasi-totalité de la population rencontre des difficultés pour se nourrir, et les pénuries d’eau aggravent encore cette situation. Le pays, qui a longtemps souffert sous le joug de l’embargo économique imposé par les États-Unis, fait face à une crise multidimensionnelle, mêlant effondrement économique, désorganisation agricole, et défaillances dans les infrastructures de base.
La fin d’une ère agricole
Durant plusieurs décennies, l’agriculture cubaine a été une source de fierté nationale. Les champs de canne à sucre, de tabac, et les exploitations de fruits tropicaux faisaient de Cuba un acteur clé sur le marché mondial. Mais aujourd’hui, ce passé glorieux semble bien lointain. La révolution castriste avait promis un modèle de collectivisation des terres qui devait rendre le pays autosuffisant, voire exporter massivement. Cependant, la centralisation et la gestion souvent inefficace des ressources ont, au fil des années, réduit la productivité agricole. Les réformes économiques successives, bien qu’ambitieuses, n’ont pas su enrayer ce déclin.
Les effets du changement climatique, les tempêtes régulières, et les périodes de sécheresse prolongée ont fragilisé une agriculture déjà mal en point. Résultat : l’île dépend désormais des importations pour nourrir sa population, mais le manque de devises étrangères restreint les capacités d’achat du gouvernement.
La débrouille en guise de survie
Face aux étals vides et aux prix exorbitants des rares produits disponibles, les Cubains se sont tournés vers des solutions de fortune. Sergio, comme beaucoup d’autres, cultive ses propres légumes sur des parcelles urbaines. « Il n’y a pas de pesticides ni d’engrais chimiques. On fait avec ce qu’on trouve », explique-t-il en retirant manuellement les pucerons de ses plants de tomates. Dans les rues, les étals improvisés de fruits, légumes et produits de base révèlent l’importance croissante de l’économie informelle.
Des initiatives locales de production, telles que la transformation de bananes en farine ou la création de potagers communautaires, permettent à certains de subsister. Toutefois, cela ne suffit pas à nourrir toute une nation. De plus, les pénuries d’eau affectent gravement ces efforts. Les coupures fréquentes d’eau potable, résultat d’infrastructures vieillissantes et mal entretenues, forcent des familles à chercher l’eau quotidiennement, ajoutant une autre couche de difficultés à leur quotidien déjà précaire.
La double peine des pénuries
À la crise alimentaire s’ajoute donc une crise de l’eau. Dans un pays tropical, la disponibilité en eau devrait pourtant être un avantage. Mais les infrastructures hydrauliques, construites il y a des décennies, sont aujourd’hui incapables de répondre aux besoins de la population. Des pannes régulières, couplées à une mauvaise gestion des ressources
La Rédaction

