Budapest persiste, Bruxelles réagit. La Marche des fiertés prévue ce samedi dans la capitale hongroise cristallise une nouvelle confrontation entre le gouvernement de Viktor Orban et l’Union européenne. Malgré une interdiction officielle, les organisateurs maintiennent l’événement, soutenus par des eurodéputés et des représentations diplomatiques. En toile de fond : une loi controversée qui restreint fortement les droits des personnes LGBT+.
Une interdiction controversée
La police hongroise a annoncé l’interdiction de la Pride 2025 à Budapest, s’appuyant sur une législation adoptée en mars, qui interdit toute manifestation publique évoquant l’homosexualité ou le changement de genre en présence de mineurs. Cette mesure s’inscrit dans une série de lois dites de « protection des enfants », régulièrement dénoncées comme discriminatoires par les ONG de défense des droits humains.
Le ministre de la Justice, Bence Tuzson, a adressé cette semaine un courrier aux ambassades européennes, qualifiant la marche de « rassemblement illégal ». Il y prévient que les participants s’exposent à des sanctions administratives, et que les organisateurs pourraient risquer jusqu’à un an de prison.
Le maire de Budapest défie le gouvernement
Gergely Karacsony, maire écologiste de la capitale, refuse de plier. Il affirme que la marche n’a pas besoin d’autorisation formelle, car elle s’inscrit dans le cadre d’une manifestation municipale. Il a confirmé que l’événement se tiendra comme prévu. Une prise de position rare dans un contexte politique dominé par le pouvoir central.
« Nous refusons de céder à la peur ou à la censure », a déclaré la présidente de la Pride, Viktoria Radvanyi. Les organisateurs attendent plus de 35 000 personnes, un chiffre record depuis la création de l’événement dans les années 1990.
L’Union européenne monte au créneau
La réaction ne s’est pas fait attendre. Trente-trois représentations diplomatiques, dont celles de l’Allemagne, de la France, de l’Espagne et des Pays-Bas, ont publié un communiqué de soutien. Une dizaine d’eurodéputés participeront à la marche, brandissant une bannière commune en faveur des droits LGBT+.
La commissaire européenne à l’égalité, Hadja Lahbib, est attendue à Budapest vendredi, aux côtés du maire, pour une conférence publique. Quant à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, elle a appelé Budapest à revenir sur l’interdiction : « Une marche des fiertés doit pouvoir se dérouler sans menace de sanctions. »
Un symbole du recul démocratique
Au-delà de l’enjeu LGBT+, l’interdiction de la Pride cristallise les tensions croissantes entre l’Union européenne et un État membre dont le virage autoritaire est de plus en plus assumé. Viktor Orban, qui se réclame d’un modèle « illibéral », multiplie les lois contre la presse, les ONG, la communauté universitaire et les minorités.
Budapest, en refusant le compromis proposé par le gouvernement (organiser la marche dans un espace clos comme un stade), fait aujourd’hui figure de bastion de résistance au sein même de la Hongrie.
Vers une Pride sous haute surveillance
Malgré la menace d’amendes (jusqu’à 500 euros) et de poursuites judiciaires, les organisateurs affirment leur détermination à tenir l’événement pacifiquement. Les forces de l’ordre seront massivement mobilisées, mais la crainte d’éventuelles tensions ou provocations plane.
La Pride 2025 de Budapest ne sera pas seulement une marche pour la visibilité : elle sera un test grandeur nature de l’état de droit en Hongrie — et de la capacité de l’Union européenne à défendre ses valeurs face à l’autoritarisme.
La Rédaction

