Depuis quelques années, on assiste au grand retour de la Chine sur la scène internationale, et tout particulièrement en Afrique, jusque-là « chasse gardée » des Européens et, dans une moindre mesure, des Etasuniens. Motif d’inquiétude pour les uns, opportunité pour les autres, la réalité de cette présence chinoise en Afrique. Que peut-on dire de la relation entre la Chine et l’Afrique. La balance de cette relation est-elle équilibrée ?
La politique de coopération entre Chine et Afrique est formellement représentée au FOCAC (Forum on China-Africa Cooperation) et se déploie sous trois formes : les dons (non monétaires), destinés au financement des projets de développement (hôpitaux, écoles, etc.) ou d’assistance technique (formations, etc.) ; les prêts sans intérêt ; et les prêts concessionnels (il s’agit de prêts à moyen et long terme introduits en 1995 et avec des taux d’intérêt bas). Ces deux derniers servent généralement à financer de gros projets d’infrastructures. Dans tous les cas, la politique d’assistance chinoise vis-à-vis du continent africain est exclusivement basée sur des projets de grande ampleur et semble se différencier de la politique traditionnelle de l’aide mise en place par les institutions de Bretton Woods et les autres créanciers occidentaux. Selon les discours officiels où on parle de la coopération ‘’Sud-Sud ‘’, l’aide chinoise est sans condition préalable, ni dans les affaires politiques, ni au niveau dans l’économie, la seule condition est de ne pas reconnaitre l’île de Taïwan et sa politique.
Malheureusement, la réalité est loin de l’image construite dans les discours officiels. Le fait que la Chine soit une créancière la met dans une position de force par rapport à ces pays partenaires. Le principe de non-interférence dans les affaires internes des pays de l’Afrique, est un prétexte de la politique chinoise qui se rend complique des destructions sociales et environnementales.
Le gouvernement Chinois n’a pas du mal à financer les dirigeants dictateurs dans certains pays de l’Afrique notamment le Soudan, l’Angola, Le Zimbabwe. Selon le site internet CADTM, les investissements chinois et les importations chinoises au Soudan ont aidé le régime d’Omar Al-Bachir à se maintenir durant un certain temps dans le Sud du pays riche en ressources fossiles et ont contribué au financement d’un génocide au Darfour. Elle ne respecte pas les standards environnementaux et sociaux. L’exemple du Mozambique, avec la déforestation massive de la forêt tropicale du Zambèze. Le Nigeria avec la violente répression de la manifestation contre la pollution des eaux par l’entreprise chinoise est un autre cas d’exemple sans oublier les soulèvements survenus en Zambie contre les mauvaises conditions de travail, les explosions minières et les accidents sur les sites de projets chinois.
Les conséquences de ces investissements se révèlent tragiques : au Cameroun, les compagnies chinoises d’extraction minière utilisent des machines qui forent jusqu’à 30 mètres de profondeur, forçant les habitants à abandonner leurs terres cultivées. Entre 2012 et 2015, selon l’association FODER (Forests and Rural Development Association), plus de 250 excavations ont été abandonnées. De surcroît, entre 2015 et 2018 plus de 100 personnes sont mortes dans ces trous infernaux, à cause des glissements de terrain.
Les données sur l’assistance chinoise manquent de transparence. Le gouvernement chinois ne divulgue pas de rapport annuel relatif à l’aide au développement parce qu’il estime que, ce sont des informations sensibles aux pays destinataires. la masse de nouveaux crédits qui partent de la Chine pour arriver en Afrique génère des affaires juteuses pour les entreprises chinoises. Les conséquences de ses prêts sont la cession de biens publics et la perte de souveraineté au bénéfice de la Chine. C’est le cas du port en eau profonde de Hambantota : suite à l’incapacité de l’État du Sri Lanka de rembourser une dette contractée auprès de la Chine pour construire ce port. Cette stratégie permet à la Chine d’étendre son influence économique et politique sur le continent et d’avoir accès plus facilement aux énormes ressources naturelles du continent noir, essentielles pour son industrie.
Selon un rapport publié le jeudi 29 août 2024 par l’administration générale de la douane chinoise, les échanges entre les deux partenaires ont augmenté de 5,5% dans les sept premiers mois de 2024 pour atteindre 166 milliards de dollars. Mais cette augmentation n’est à la faveur des pays africains, même malgré la suppression des droits de douanes sur les importations.
Il est nécessaire pour les pays africains de diversifier leurs marchés, comme l’explique Sena Yao von Kujovi, analyste politique Afrique-Chine pour Developments Reimagined, une agence de conseil en développement international. « Il est important que les pays africains ne se contentent pas d’exporter des matières premières, mais qu’ils ajoutent de la valeur à leurs matières premières afin de pouvoir pénétrer le marché chinois ». L’analyste explique qu’il y a un problème de déficit commercial. Pour remédier à ce déficit commercial, l’un des moyens est d’augmenter non seulement le volume des échanges agricoles, mais aussi la valeur de tout ce qui est importé en Chine. Pour lui, cette analyse ne prend pas en compte la volonté qu’ont des pays africains de s’engager avec la Chine. Le discours consiste simplement à penser que les relations commerciales sont imposées à l’Afrique par la Chine, ce qui enlève tout pouvoir aux gouvernements africains.
Les pays africains veulent de meilleures conditions commerciales avec la Chine. Nombre d’entre eux espèrent une réduction des déséquilibres commerciaux et un meilleur accès aux marchés chinois pour les produits agricoles et manufacturés africains. Les trois prochaines années seront, selon la déclaration finale du Focac 2024, vouées à pallier ces déséquilibres.

