Une politique de rétention des devises réduit les revenus des agriculteurs
Au Zimbabwe, la saison de commercialisation du tabac s’ouvre dans un climat d’inquiétude pour les producteurs. Alors que le pays s’attend à une récolte record d’environ 400 millions de kilogrammes, de nombreux agriculteurs redoutent une baisse significative de leurs revenus en raison de la faiblesse des prix et d’une politique monétaire controversée.
Le 4 mars, les autorités ont officiellement lancé la saison de vente aux enchères dans les salles de vente de Harare, notamment sur le site de Boka, où des milliers de producteurs viennent chaque année proposer leurs feuilles de tabac aux acheteurs internationaux. Cette culture demeure l’un des piliers de l’économie agricole zimbabwéenne et constitue une source essentielle de devises pour le pays.
Cependant, les producteurs affirment que leurs marges sont de plus en plus réduites. La plupart des coûts de production – semences, fertilisants, carburant et équipements – sont payés en dollars américains, tandis qu’une partie des recettes issues des ventes leur est reversée en monnaie locale dans le cadre de la politique de rétention des devises appliquée par les autorités.
Cette mesure, destinée à préserver les réserves de change du pays et à stabiliser l’économie, oblige les agriculteurs à convertir une partie de leurs gains dans la devise nationale, dont la valeur reste instable. Résultat : pour de nombreux producteurs, les revenus obtenus ne suffisent plus à couvrir les dépenses engagées pendant la saison agricole.
Le secteur du tabac reste pourtant stratégique. Depuis la réforme agraire du début des années 2000, des dizaines de milliers de petits exploitants se sont lancés dans cette culture, contribuant à faire du Zimbabwe l’un des principaux producteurs de tabac en Afrique. Les exportations alimentent largement les recettes en devises du pays.
Mais si les prix continuent de baisser et que les producteurs ne parviennent pas à compenser la hausse des coûts, certains craignent que l’enthousiasme pour cette culture ne s’essouffle. Pour les agriculteurs, l’enjeu est désormais clair : sans un meilleur équilibre entre les politiques économiques et les réalités du terrain, la saison record attendue pourrait ne pas se traduire par des gains réels.
La Rédaction

