Alors que les hôpitaux publics du Zimbabwe s’enfoncent dans une crise sanitaire sans précédent, une querelle éclate au sein même du gouvernement. Tinoda Machakaire, ministre de l’Autonomisation de la jeunesse, a interpellé publiquement le président Emmerson Mnangagwa sur la situation alarmante des structures médicales. La réaction du ministère de la Santé est cinglante : il dénonce une attaque « malveillante et injustifiée ».
Un cri d’alarme qui fait scandale
Machakaire a lancé son appel sur les réseaux sociaux après que l’un de ses proches a été hospitalisé dans un établissement public. Ému par les conditions qu’il a décrites comme « déplorables », il a exhorté le chef de l’État à visiter les hôpitaux pour constater l’ampleur de la dégradation.
Son intervention a été appuyée par une vague d’indignation nationale, alimentée par des images virales montrant des blessés immobilisés avec des « attelles en carton », faute d’équipements adaptés.
Une réponse ministérielle sur la défensive
Le ministère de la Santé n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué publié mardi, il a qualifié les propos de Machakaire d’« attaques malveillantes » relevant d’un effort « orchestré » pour discréditer le système de santé.
« Ces commentaires mettent en lumière certains défis tout en ignorant les services essentiels toujours assurés malgré des ressources limitées, ainsi que les avancées réalisées ces dernières années », affirme le ministère.
Des hôpitaux à bout de souffle
Derrière les déclarations officielles, les constats sont alarmants : manque chronique de médicaments, infrastructures délabrées, personnel médical démotivé et mal payé. Les patients doivent souvent financer eux-mêmes examens, médicaments ou même poches de sang.
Le cas récent d’un Sud-Africain rapatrié d’urgence depuis Bulawayo, faute de soins adéquats, a ravivé les critiques sur l’incapacité du système à répondre aux besoins les plus élémentaires.
Une volonté d’étouffer la crise ?
Le ministère, tout en se disant ouvert au « dialogue constructif », n’a pas reconnu de crise structurelle. Il préfère parler de « progrès notables » depuis l’arrivée de Mnangagwa au pouvoir, appelant à une critique « équilibrée et fondée sur des faits vérifiables ».
« Nous appelons à la collaboration de tous – secteur public, privé, société civile, partenaires de développement – pour relever les défis du secteur. La confrontation n’est pas la solution. »
La réaction du ministère de la Santé à l’appel d’un ministre de son propre gouvernement révèle une fracture profonde, non seulement sur l’état réel du système de santé, mais aussi sur la manière d’y répondre. À défaut de soigner les malades, le pouvoir semble préférer étouffer les voix qui réclament un traitement d’urgence.
La Rédaction

