Lorsqu’un conflit éclate, protéger les populations est l’urgence absolue. Mais une autre bataille commence souvent dans le même temps : empêcher que musées, archives, manuscrits, œuvres d’art et collections ne disparaissent sous les bombardements, les pillages ou les destructions. Ce lundi 7 septembre 2026, l’UNESCO organise une réunion internationale consacrée à une réponse encore peu connue : les refuges destinés aux biens culturels menacés par la guerre.
Prévue de 15 h à 17 h dans un format en ligne, la rencontre porte précisément sur un projet d’étude technique et juridique consacré au concept et à l’opérationnalisation de ces refuges, dans le cadre de la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé.
Mettre les œuvres hors de portée de la guerre
Le principe paraît simple : lorsqu’un patrimoine mobilier est directement menacé, certains biens peuvent être déplacés dans des lieux spécialement conçus ou sécurisés pour les préserver. Dans les faits, l’organisation de tels refuges soulève des questions complexes : où les installer, quels biens y transférer, selon quelles règles et avec quelles garanties de neutralité ?
La Convention de 1954 prévoit justement un régime de protection spéciale pouvant concerner un nombre limité de refuges destinés à abriter des biens culturels mobiliers. Pour en bénéficier, ces lieux doivent notamment être suffisamment éloignés d’objectifs militaires importants et ne pas être utilisés à des fins militaires. Leur protection n’est pas automatique : elle passe par une procédure internationale impliquant l’État concerné et l’UNESCO.
Un dispositif ancien confronté aux guerres contemporaines
Adoptée dans le sillage des destructions massives de la Seconde Guerre mondiale, la Convention de La Haye constitue le premier traité international spécifiquement consacré à la protection du patrimoine culturel pendant les conflits armés.
Plus de sept décennies après son adoption, la multiplication des guerres urbaines, les attaques contre les infrastructures culturelles et les risques de pillage redonnent une actualité particulière à la question des refuges. Il ne suffit plus d’en reconnaître juridiquement le principe : encore faut-il pouvoir les préparer avant l’urgence, identifier les collections prioritaires et disposer de procédures permettant leur transfert en toute sécurité.
La stratégie actuelle de l’UNESCO prévoit d’ailleurs d’aider les États à élaborer des plans de préparation et d’urgence, mais aussi à établir ou sécuriser des refuges pour les biens culturels mobiliers lorsque les circonstances l’exigent.
Sauver davantage que des objets
Derrière les tableaux, manuscrits, objets archéologiques ou archives se joue aussi la préservation d’une mémoire collective. La destruction intentionnelle ou accidentelle d’un patrimoine peut priver une société de traces essentielles de son histoire et compliquer, bien après la fin des combats, la reconstruction culturelle d’un pays.
La réunion du 7 septembre doit donc contribuer à transformer un mécanisme juridique ancien en outil réellement mobilisable face aux crises contemporaines. La question dépasse la seule conservation muséale : elle touche à la capacité des États à préparer la sauvegarde de leur patrimoine avant que la guerre ne rende toute intervention impossible.
En cherchant à préciser comment créer et faire fonctionner ces refuges, l’UNESCO remet ainsi au premier plan une évidence souvent oubliée en période de conflit : protéger un patrimoine, c’est aussi préserver une part de ce qu’une société pourra transmettre lorsque les armes se seront tues.
La Rédaction
Sources : UNESCO, calendrier officiel des événements ; UNESCO, Convention de La Haye de 1954 et ressources sur la protection du patrimoine en situation de conflit armé.

