Dans les entrailles feutrées du Musée d’ethnographie de Genève (MEG), une onde vibrante traverse les couloirs. Ce n’est ni une résonance mécanique ni un simple bruit de fond : c’est l’écho d’un continent, d’une diaspora, d’une mémoire multiple. Jusqu’au 4 janvier 2026, le MEG accueille Afrosonica – Paysages sonores, une exposition dense et immersive qui explore les multiples dimensions des sonorités africaines et afrodescendantes.
Dès l’entrée, le visiteur est happé par une scénographie audacieuse. Jukebox vintage, lamellophones de République démocratique du Congo, cloches rituelles d’Angola, ou encore archives audiovisuelles issues du Nigeria ou des États-Unis : Afrosonica est un carrefour de bruits, de voix, de chants, de cris et de silences. L’exposition ne se contente pas de montrer : elle fait entendre, ressentir, vibrer.
Orchestrée par Madeleine Leclair, conservatrice au MEG, l’exposition se décline en cinq volets thématiques. Tous explorent le son comme vecteur d’identité, de spiritualité, mais aussi comme outil de lutte politique et sociale. Des musiques de transe aux beats urbains du hip-hop noir américain, Afrosonica montre comment le son traverse les âges et les frontières, à la fois comme archive vivante et comme instrument d’émancipation.
Le néologisme Afrosonica incarne cette ambition : mêler l’ancestral et le contemporain, le sacré et le profane, le collectif et l’individuel. Loin des clichés folkloriques, l’exposition rend justice à une Afrique plurielle et en mouvement, et à ses filiations diasporiques, souvent ignorées ou réduites à quelques images stéréotypées.
Le parcours, volontairement non linéaire, permet une déambulation libre, rythmée par des installations interactives, des fresques murales, des archives sonores, et des récits personnels. Le son y est sacré, vivant, incarné. Ici, chaque battement de tambour devient une respiration de l’histoire, chaque souffle de flûte un geste de mémoire.
À l’heure où les débats sur la restitution des biens culturels et la reconnaissance des héritages coloniaux s’intensifient, Afrosonica apporte une réponse subtile et puissante : restituer d’abord les voix, les vibrations, les résonances. Faire entendre ce qui fut trop souvent réduit au silence.
La Rédaction

