Une molécule antibiotique oubliée depuis un demi-siècle pourrait révolutionner la lutte contre les infections résistantes aux traitements classiques. Baptisée pré-méthylenomycin C lactone, cette molécule a été redécouverte par une équipe de chercheurs britanniques et australiens et montre une efficacité exceptionnelle contre certains des pathogènes les plus coriaces.
Une découverte inattendue dans un champ familier
Chaque année, les infections résistantes aux antibiotiques provoquent environ 1,1 million de décès dans le monde, soulignant l’urgence de nouveaux traitements. Alors que le développement de nouvelles molécules est freiné par des contraintes économiques et scientifiques, les chercheurs des universités de Warwick (Royaume-Uni) et Monash (Australie) ont revisité un antibiotique connu depuis les années 1970, la méthylénomycine A.
En réexaminant son processus de production, ils ont isolé un composé intermédiaire oublié, la pré-méthylenomycin C lactone, cent fois plus puissante que la molécule originale. Publiée dans le Journal of the American Chemical Society, cette découverte ouvre de nouvelles perspectives contre des bactéries redoutables comme le staphylocoque doré résistant à la méthicilline (MRSA) et l’entérocoque résistant à la vancomycine (VRE).
Une stratégie méthodique derrière la percée
Le Pr Greg Challis et la Dr Lona Alkhalaf ont utilisé une approche génétique ciblant les clusters biosynthétiques, groupes de gènes responsables de la production de l’antibiotique. En perturbant certaines étapes de synthèse, ils ont révélé des composés intermédiaires habituellement invisibles dans le produit final.
Cette méthode démontre que même les bactéries les plus étudiées peuvent receler des molécules bioactives inédites, soulignant l’importance d’explorer plus finement les voies métaboliques déjà connues plutôt que de chercher uniquement de nouveaux microbes exotiques.
Une efficacité inédite contre les bactéries les plus résistantes
Les tests microbiologiques ont révélé que la pré-méthylenomycin C lactone agit à très faible concentration, bloquant efficacement la croissance du MRSA et du VRE. Sa concentration minimale inhibitrice (CMI) est restée stable au fil des expériences, et aucune résistance n’a été observée après 28 jours d’exposition continue.
Cette stabilité est cruciale, car elle suggère que la molécule pourrait être utilisée sans favoriser l’apparition de souches résistantes, un défi majeur pour les antibiotiques actuels.
Vers un nouveau paradigme de découverte d’antibiotiques
Depuis les années 1980, la découverte de nouveaux antibiotiques stagne, avec des méthodes traditionnelles peu efficaces. La stratégie Warwick–Monash rompt avec ce modèle, en explorant le métabolisme de bactéries déjà connues pour révéler des molécules invisibles avec les approches classiques.
Selon le Pr Challis : « La biosynthèse microbienne est une suite de réactions en cascade. En bloquant certaines étapes, on met en évidence des molécules intermédiaires actives qui ne figurent pas dans les produits finaux classiques ». Cette approche pourrait permettre de réexaminer des milliers de souches microbiennes conservées en laboratoire, ouvrant la voie à une nouvelle génération d’antibiotiques.
La Rédaction
Source : Science et Vie

