La situation politique en Tunisie continue de susciter de vives inquiétudes. Depuis plusieurs mois, le pouvoir de Kaïs Saïed multiplie les arrestations et les condamnations visant opposants, journalistes et défenseurs des droits humains. Face à cette dérive autoritaire, l’ONU a lancé un appel pressant aux autorités tunisiennes pour qu’elles respectent les libertés fondamentales et mettent fin aux poursuites arbitraires.
Une répression qui s’intensifie
Dans un communiqué publié le 18 février, Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, a dénoncé une vague de répression croissante en Tunisie. Il exhorte le gouvernement à garantir la liberté d’expression et à cesser d’instrumentaliser la justice contre les voix dissidentes.
Depuis sa réélection en octobre avec 90,7 % des suffrages, Kaïs Saïed a renforcé son emprise sur le pays, n’hésitant pas à emprisonner ses opposants sous des chefs d’accusation controversés, souvent liés à la sécurité nationale ou au terrorisme.
Des procès expéditifs et des peines exemplaires
Les condamnations se multiplient. Début février, l’ex-Premier ministre Hichem Mechichi a écopé de 35 ans de prison. Deux journalistes, Chahrazed Akacha et Chadha Hadj Mbarek, ont été condamnées respectivement à 27 ans et 5 ans de réclusion. D’après les Nations unies, au moins 41 personnes ont été jugées dans des conditions contestables, avec des peines allant jusqu’à 54 ans de détention.
Pour Majid Bouden, avocat franco-tunisien et spécialiste du droit international, « la justice n’est plus qu’un instrument au service du pouvoir exécutif ». Depuis 2021, Kaïs Saïed a démantelé les garde-fous institutionnels, notamment en supprimant le Conseil supérieur de la magistrature, ce qui lui permet de nommer les juges et de contrôler directement les décisions judiciaires.
Une atteinte généralisée aux libertés
Les avocats, journalistes et militants associatifs sont également pris pour cible. Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre, et Sonia Dahmani, arrêtée en mai 2024 après des propos critiques sur la situation des migrants en Tunisie, font partie des nombreuses figures de la société civile poursuivies sous le décret 54. Officiellement destiné à lutter contre la désinformation, ce texte est accusé d’être un outil de censure.
Le Syndicat national des journalistes tunisiens a recensé en 2024 au moins 39 poursuites et plusieurs condamnations contre des professionnels de la presse. Amnesty International, de son côté, alerte sur la répression accrue visant les défenseurs des droits LGBT+, avec au moins 84 arrestations signalées ces derniers mois.
Une justice sous pression
Un léger sursaut judiciaire est néanmoins à signaler : la libération de Sihem Bensedrine, militante des droits humains incarcérée depuis août. Toutefois, elle demeure sous le coup de restrictions judiciaires et ne peut pas quitter le pays.
Alors que la pression internationale s’intensifie, le régime de Kaïs Saïed persiste dans sa politique autoritaire, laissant planer de lourdes incertitudes sur l’avenir des libertés en Tunisie.
La Rédaction

