Alors que la guerre en Ukraine entre dans son millième jour, le contexte se complique pour Kiev. Les récents gains territoriaux de l’armée russe et l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis suscitent des interrogations. Beaucoup redoutent un virage américain défavorable à l’Ukraine, mais certains éléments permettent d’envisager une autre lecture de la situation.
Depuis des mois, les analystes alertent sur les risques pour Kiev avec le retour de Trump à la Maison-Blanche. Ces préoccupations ne sont pas infondées.
- Une vision coût-bénéfice radicale : Trump estime que le soutien à l’Ukraine représente une charge excessive pour les États-Unis. Il a souvent critiqué l’OTAN, appelant l’Europe à assumer sa propre sécurité.
- Un « accord express » controversé : Trump affirme pouvoir régler le conflit en « 24 heures », ce qui impliquerait de s’appuyer sur les lignes de front actuelles. Avec près de 20 % du territoire ukrainien sous contrôle russe, cela obligerait Kiev à d’importantes concessions.
- Une proximité avec Moscou ? : La posture amicale de Trump envers Vladimir Poutine, ainsi que les soupçons liés à une ingérence russe dans les élections américaines, alimentent les inquiétudes.
Pourtant, Kiev ne manifeste pas d’hostilité ouverte face à cette perspective. Le président Zelensky a félicité Trump pour son élection, exprimant l’espoir d’une « paix juste ». Au-delà de la diplomatie, d’autres facteurs expliquent cet accueil mesuré.
Des tensions avec l’administration Biden
L’administration Biden a parfois donné l’impression de temporiser face aux besoins urgents de l’Ukraine. Les livraisons de matériel militaire — chars, avions et dernièrement des missiles à longue portée — ont souvent tardé. Cette lenteur a suscité de la frustration à Kiev, qui pourrait voir en Trump une personnalité plus directe et résolue.
Une posture d’homme fort
Trump projette l’image d’un dirigeant qui n’hésite pas à employer la menace pour imposer ses volontés. Il a affirmé, dans une interview récente, avoir dit à Poutine : « Si tu attaques l’Ukraine, je te frapperai si fort que tu n’en croiras pas tes yeux. » Bluff ou non, ces déclarations tranchent avec la prudence affichée par l’équipe Biden, soucieuse d’éviter tout risque d’escalade directe avec la Russie.
Un passé ambivalent avec Moscou
Si Trump est souvent perçu comme indulgent envers Poutine, son bilan présidentiel présentait des nuances. En 2018, il avait par exemple retiré les États-Unis d’un traité sur les armes nucléaires à portée intermédiaire, accusant la Russie de le violer depuis des années. Cependant, sa nouvelle administration inclut des figures controversées, comme Tulsi Gabbard à la direction du renseignement national, connue pour ses positions souvent alignées sur celles du Kremlin. Ce choix inquiète une partie des experts, bien que d’autres responsables influents, comme Marco Rubio ou Mike Walz, restent fermes sur leur hostilité à la Russie.
Un pragmatisme américain avant tout
Trump pourrait également chercher à consolider la position des États-Unis face à un rival stratégique comme Moscou. Pour lui, affaiblir la Russie reste un moyen de renforcer la domination américaine. En ce sens, il n’est pas à exclure qu’il impose des conditions de paix défavorables à Poutine pour préserver son image d’homme de poigne.
Si les craintes de concessions ukrainiennes sont légitimes, la nouvelle dynamique américaine pourrait réserver des surprises. Les mois à venir permettront de mesurer l’équilibre entre pragmatisme et imprévisibilité qui caractérise Donald Trump.
La Rédaction

