Dans les foyers du monde entier, des millions de personnes assurent des tâches essentielles à la vie quotidienne sans bénéficier des garanties habituellement associées au travail salarié. Les dernières données de l’Organisation internationale du travail (OIT) révèlent une contradiction persistante : le secteur se développe, mais la protection de ceux qui le font vivre progresse trop lentement.
Le travail domestique occupe désormais près de 80 millions de personnes dans le monde. Derrière cette activité souvent exercée à l’abri des regards se dessine une réalité sociale préoccupante : 66,5 millions de ces travailleurs évoluent dans l’informalité, soit 83,1 % des effectifs. Un déséquilibre qui interroge la place accordée à des professions pourtant indispensables à l’organisation des familles et au fonctionnement des économies.
Un paradoxe au cœur des progrès sociaux
Les nouvelles estimations de l’OIT, rendues publiques le 27 octobre 2026, mettent en évidence une évolution contrastée. Entre 2019 et 2025, 91 pays sur les 140 étudiés ont enregistré une stabilisation ou une diminution de l’emploi domestique informel en proportion de leurs effectifs.
Pourtant, à l’échelle mondiale, 5,1 millions de personnes supplémentaires travaillent désormais dans ces conditions. Cette apparente contradiction s’explique notamment par la progression des effectifs dans les pays où l’informalité demeure structurellement élevée.
Autrement dit, les avancées nationales ne suffisent pas à transformer la situation globale. Le développement du secteur ne s’accompagne pas automatiquement d’une amélioration des droits.
L’Afrique confrontée à une précarité massive
Le continent africain illustre particulièrement cette fracture. Avec 4,2 millions d’emplois domestiques supplémentaires en six ans, il enregistre la plus forte croissance régionale. Mais 93,3 % de ses travailleurs domestiques restent dans l’informalité.
L’Asie-Pacifique rassemble, pour sa part, environ 40,2 millions de travailleurs, soit la moitié des effectifs mondiaux. Les États arabes présentent également des niveaux d’informalité extrêmement élevés.
Ces disparités soulignent une difficulté commune : faire entrer les relations d’emploi au sein des ménages dans des dispositifs réellement accessibles de rémunération réglementée, de sécurité sociale et de contrôle des conditions de travail.
Une rémunération qui révèle la sous-valorisation du secteur
Les inégalités ne se limitent pas à l’absence de protection effective. Les travailleurs domestiques perçoivent en moyenne 53,3 % du salaire mensuel des autres salariés. Cette proportion descend à 48,7 % parmi ceux qui travaillent dans l’informalité.
Les femmes, qui constituent plus des trois quarts des effectifs, apparaissent particulièrement défavorisées. À ces écarts de rémunération s’ajoutent des durées de travail parfois considérables : près de 15 % des employés domestiques effectuent au moins 60 heures hebdomadaires.
Du droit reconnu au droit réellement appliqué
Quinze ans après l’adoption de la convention internationale n° 189 consacrée au travail domestique, l’enjeu ne réside plus uniquement dans la reconnaissance juridique de ces professions. Il concerne aussi l’application concrète des garanties sociales.
L’OIT préconise notamment des mécanismes d’enregistrement simplifiés, une meilleure couverture sociale, des rémunérations décentes et des contrôles renforcés.
À mesure que les besoins d’accompagnement des enfants, des personnes âgées et des familles augmentent, la question devient centrale : les sociétés peuvent-elles continuer à dépendre d’un travail essentiel sans accorder à ceux qui l’exercent les protections correspondant à son importance ?
La Rédaction

