Au Togo, des centaines de milliers de travailleurs domestiques exercent sans contrat, avec des rémunérations souvent inférieures au salaire minimum et un accès presque inexistant à la sécurité sociale. Face à cette précarité, la Plateforme des organisations de défense des droits des employés domestiques (PODDED) demande la ratification de la Convention n° 189 de l’Organisation internationale du travail (OIT), consacrée au travail décent dans ce secteur.
Le travail domestique demeure l’un des secteurs les moins protégés de l’économie togolaise. Employées pour le ménage, la cuisine, la garde d’enfants ou l’assistance aux familles, de nombreuses personnes, principalement des femmes et des jeunes filles, exercent dans des conditions qui les exposent à des abus.
Lors d’une conférence de presse organisée le 17 octobre à Lomé, la PODDED a présenté les résultats d’une enquête révélant l’ampleur des difficultés et appelé les autorités à accélérer les réformes attendues.
Des conditions de travail particulièrement précaires
Selon l’organisation, le secteur emploierait plus de 500 000 personnes au Togo. Son enquête indique que 95 % des travailleurs concernés ne disposent d’aucun contrat écrit et que 65 % perçoivent moins de 25 000 FCFA mensuels, alors que le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est fixé à 52 500 FCFA.
La protection sociale apparaît encore plus limitée : seulement 2 % bénéficieraient d’une déclaration à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). La PODDED signale également des journées pouvant atteindre vingt heures, l’absence de repos hebdomadaire et des situations de harcèlement.
Ces données, communiquées par la plateforme, mettent en évidence une vulnérabilité renforcée par le caractère privé des lieux de travail, où les contrôles restent difficiles.
Deux décisions attendues des autorités
Pour améliorer cette situation, la PODDED réclame la ratification de la Convention n° 189 de l’OIT, adoptée en 2011. Ce texte établit des garanties relatives aux horaires, aux rémunérations, au repos, à la sécurité sociale et à la protection contre les violences.
L’organisation demande également l’application de la Recommandation n° 201, qui accompagne cette convention, ainsi que la signature d’un arrêté national réglementant le travail domestique. Selon ses responsables, ce projet a été relu et validé en 2025 par les représentants de l’État, des employeurs et des organisations syndicales.
« La ratification de la Convention n° 189 est essentielle, tout comme la signature de l’arrêté par le gouvernement », a déclaré Akutse Kodjo, président du conseil d’administration de la PODDED, appelant à des décisions rapides.
Faire du travail domestique un emploi reconnu
Au-delà des textes, l’enjeu concerne leur application effective. La formalisation des relations professionnelles, la déclaration des salariés à la CNSS et l’existence de mécanismes accessibles de recours pourraient contribuer à réduire les abus.
La PODDED, créée en 2014 et regroupant aujourd’hui vingt organisations, intervient déjà dans la formation, l’assistance juridique et le plaidoyer. Elle invite également les employés domestiques à respecter leurs obligations professionnelles afin de favoriser des relations de travail équilibrées.
La ratification de la convention internationale constituerait une avancée juridique, mais la protection réelle dépendra aussi de l’information des ménages employeurs et des moyens consacrés au respect des règles. Pour ces travailleurs indispensables au fonctionnement quotidien des familles, l’objectif reste de bénéficier des droits normalement attachés à un emploi salarié.
La Rédaction

