« Leur sécurité dépend de notre sécurité. » À New York, Robert Dussey a résumé en quelques mots le raisonnement qui structure désormais la politique togolaise envers le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Dans un entretien accordé mercredi 23 septembre à France 24, le chef de la diplomatie a défendu le choix de Lomé de maintenir le dialogue avec l’Alliance des États du Sahel (AES), malgré la rupture institutionnelle entre ses trois membres et la CEDEAO. Derrière cette position diplomatique apparaît surtout une lecture géographique de la menace : pour le Togo, l’instabilité sahélienne ne s’arrête pas aux frontières du Sahel.
« Le choix du Togo, le choix du président du Conseil Faure Gnassingbé est d’aider les trois pays de l’AES », a déclaré Robert Dussey en marge de la 81e Assemblée générale des Nations unies. Il a rejeté la logique d’isolement du Burkina Faso, du Mali et du Niger et plaidé pour la poursuite du dialogue entre ces États et leurs voisins.
Le ministre est même allé plus loin en présentant les trois pays comme une forme de « digue » contre l’extrémisme violent. L’image révèle la dimension sécuritaire de la doctrine togolaise : les armées sahéliennes affrontent des groupes dont l’expansion menace également les pays du golfe de Guinée.
Le Burkina Faso comme première ligne
Pour le Togo, cette réalité n’est plus théorique. Depuis 2021, la région des Savanes est confrontée à la menace des groupes armés opérant dans l’espace frontalier avec le Burkina Faso. Robert Dussey affirme que la situation s’est améliorée et souligne la coopération entre forces togolaises et burkinabè pour contenir les incursions. Selon lui, l’extrême nord du pays est aujourd’hui « beaucoup plus pacifique » qu’il y a quatre ans. Cette appréciation est celle du gouvernement togolais et ne constitue pas, à elle seule, une évaluation indépendante de l’évolution sécuritaire.
La géographie explique néanmoins le raisonnement. Le Togo partage directement sa frontière septentrionale avec le Burkina Faso. Une détérioration durable de la situation burkinabè peut donc avoir des répercussions au sud : circulation de groupes armés, déplacements de populations, perturbation des échanges et pression accrue sur les zones frontalières.
Dans cette perspective, coopérer avec Ouagadougou ne relève pas uniquement de la solidarité diplomatique. Cela répond également à un intérêt de sécurité nationale.
Ni choisir l’AES contre la CEDEAO, ni ignorer la rupture
Cette politique place toutefois Lomé dans une position particulière. Le Togo demeure membre de la CEDEAO, tandis que le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont officiellement quitté l’organisation régionale en janvier 2025. Interrogé sur leur éventuel retour, Robert Dussey a rappelé qu’ils avaient choisi de constituer leur propre confédération et s’est interrogé sur la pertinence de vouloir les ramener à tout prix dans la CEDEAO.
Cette déclaration ne signifie pas que Lomé tourne le dos à l’organisation communautaire. En juillet encore, Robert Dussey participait à la session du Conseil des ministres de la CEDEAO à Freetown, où le Togo réaffirmait une approche fondée sur l’intégration, la coopération transfrontalière et le règlement pacifique des différends.
Le positionnement consiste plutôt à maintenir des canaux ouverts des deux côtés d’une Afrique de l’Ouest désormais organisée autour de cadres institutionnels distincts. En avril, lors du lancement à Lomé de la Stratégie Togo-Sahel 2026-2028, représentants de l’AES et responsables d’organisations régionales avaient ainsi participé aux discussions. La stratégie togolaise prévoit explicitement le dialogue avec l’AES, l’intégration économique, la coopération sécuritaire et la lutte contre le terrorisme.
Une diplomatie dictée aussi par la géographie
L’entretien de New York donne finalement une formulation plus nette à une orientation engagée depuis plusieurs mois. Pour Lomé, la nouvelle architecture politique ouest-africaine ne doit pas empêcher la coopération sécuritaire entre États qui restent géographiquement interdépendants.
Cette ligne comporte également une dimension économique. Le Togo entend préserver les échanges entre le Sahel et les pays côtiers, alors que sa stratégie 2026-2028 inscrit explicitement l’intégration économique sous-régionale parmi ses priorités.
Robert Dussey défend ainsi une politique où la proximité avec l’AES n’est pas présentée comme une adhésion à toutes les orientations politiques de ses gouvernements, mais comme la conséquence d’intérêts régionaux communs. L’efficacité de cette stratégie devra notamment s’apprécier dans la durée à travers la coopération sécuritaire, le maintien des échanges et la capacité de dialogue entre des ensembles régionaux désormais séparés.
Pour le Togo, une donnée demeure difficile à contourner : on peut quitter une organisation régionale, mais pas sa géographie. C’est cette réalité que Lomé place désormais au centre de sa politique envers l’AES.
La Rédaction

